A-t-on le droit d’être exigeant malgré la victoire ?

Le résultat fausse l’analyse, les jugements. Mais seul le football peut offrir autant de contradictions. Explications.

Le football, c’est beau et c’est moche, c’est simple et complexe. Sur trois matchs, un joueur ou un coach peuvent passer de génie à moins que rien, et parfois même sur une même rencontre. Oui, on peut s’ennuyer pendant un match et être heureux à la fin, comme on peut prendre énormément de plaisir et être déçu. Parce qu’il y a un élément qui déforme tout: le résultat.

Après la demi-finale perdue face à la France, les belges l’ont eu mauvaise et ont déclaré que la France ne pensait qu’à défendre. Ce n’est pas faux. Mais apparemment, ils avaient déjà oublié leur quart de finale face au Brésil où ils avaient fait ce que la France a fait contre eux.

Aujourd’hui, certains encensent Didier Deschamps. Il y a même des journalistes qui se sont permis de tweeter « alors, maintenant Deschamps est le meilleur ». Facile une fois la qualification pour la finale validée de faire les malins. Mais la vérité est ailleurs.

A la vue des matchs éliminatoires et amicaux, qui auraient pensé la France capable d’atteindre la finale ? En revanche, à la vue du potentiel, on la savait capable. Mais quand on y regarde de plus près, pourquoi ça ne tient à rien ?

L’équipe de France a décidé de miser sur un bloc défensif bas, de laisser le ballon à l’adversaire et de jouer des attaques rapides. On peut être déçu voire frustré quand on voit les joueurs qu’elle possède, mais au final, ça a marché. Alors je sais qu’avec des « si » on refait le monde, mais voilà ce qui fait la beauté du football.

Si Mendy et Sidibé avaient été opérationnels, que se serait-il passé ? Parce qu’il ne faut pas être dupe. Au départ, Deschamps part dans l’idée d’aligner le monégasque et le citizen. Et pourtant, par défaut, à cause de leur blessure, ce sont Hernandez et Pavard qui vont prendre la place et réaliser une très belle coupe du monde. L’ancien lillois inscrivant même le but qui relança la France en huitième de finale contre l’Argentine. Des trucs comme ça, on peut en citer plein.

Que se serait-il passé si la Belgique avait ouvert le score ? On nous explique que la France a bénéficié du scénario idéal. Mais peut-être que si les belges mènent avant la pause, la France joue autrement et s’impose 3-1. Personne ne le saura jamais.

Ce que je veux dire, c’est que finalement, tout se joue à très peu de choses. Le résultat fausse l’analyse. L’image que vous renvoyez aussi. Emery n’était pas apprécié en France. Tout le monde s’est moqué de lui quand il avait aligné Matuidi couloir gauche contre Arsenal avec le PSG. Quand Deschamps fait la même chose, c’est superbe, il a su s’adapter. Quand Benzema ne marquait pas mais qu’il faisait des passes décisives et participait au jeu, il fallait le dégager. Mais quand Giroud et Griezmann ne marquent pas, il faut souligner leur extraordinaire apport et sacrifice pour l’équipe. Je ne comprends pas. D’ailleurs, pour ceux qui pensent que je suis trop dur avec l’attaquant de Chelsea, il faut juste savoir qu’il joué 425 minutes dans cette compétition sans cadrer la moindre frappe. Ca se passe de commentaire, non ?

Aujourd’hui, on nous explique que c’est super que Griezmann défende, travaille, se sacrifie, et que tant pis pour le déchet technique qu’il montre. Mais n’a-t-on pas le droit d’attendre d’un tel joueur qu’il fasse les deux, ou, en tout cas, qu’il en montre un peu plus avec le ballon ? Idem pour Pogba.

Cette coupe du monde, c’est le retour en arrière du jeu. Mais chut !! Tant qu’il y a la victoire, on doit se taire. Malgré tout, des points positifs, il y en a quand même. Oui, les équipes qui sont allés le plus loin se sont plus appuyées sur un collectif que sur des individualités. Voir qu’un joueur ne peut pas gagner seul, pour l’éducateur que je suis, c’est quand même un bonheur (je me contente de peu aujourd’hui !!!). Oui, quand un coach a une idée du style qu’il veut donner et que les joueurs le suivent, ça change tout. Et oui, travailler les coups de pieds arrêtés, ce n’est pas inutile.

Mais il y a également des points négatifs, notamment pour le futur. Oui, avoir des joueurs de football mais les limiter à un rayonnement défensif, c’est triste. C’est un peu comme avoir une Ferrari et ne s’autoriser qu’à rouler à 50km/h. Ou c’est un peu comme recruter un informaticien mais ne le laisser se servir que de Word. Oui, n’avoir pour objectif que de laisser le ballon à l’adversaire et attendre un coup de pied arrêté ou une erreur, c’est triste. Que se passera-t-il quand aucune des deux équipes ne craquera ? On assistera à de pauvres matchs où seul le vainqueur sortira avec une satisfaction.

Le plus dur dans le football, ce sont les regrets. A-t-on plus de regret quand on attend l’erreur adverse et qu’on perd quand même, ou quand on a fait tout ce qu’il fallait mais que ça n’a pas marché ? Chacun aura son avis.

Sur l’autel du seul résultat compte, on n’a donc plus le droit d’être exigeant, de vouloir du jeu, de vouloir prendre du plaisir, de vouloir voir des buts. Si ça convient à beaucoup, tant mieux pour vous, moi, ça ne me conviendra jamais.

Mais puisque seule la victoire compte, peu importe finalement que la France soit en finale. Seul le titre de champion du monde validera tout cela. Dimanche soir, il y aura donc ceux qui diront « Deschamps vous a fermé votre bouche », ou ceux qui diront « voilà, à force de jouer petit, on n’a que ce qu’on mérite ». Mais il y aura aussi ceux qui diront peut-être « on a gagné, mais je ne regarderai plus de match !!!! ».

2 Comments

  1. « Dimanche soir, il y aura donc ceux qui diront « Deschamps vous a fermé votre bouche »
    ou ceux qui diront « voilà, à force de jouer petit, on n’a que ce qu’on mérite ». Mais il y aura aussi ceux qui diront peut-être « on a gagné, mais je ne regarderai plus de match !!!! ». »

    Si la France gagne, en ce qui me concerne, ce ne sera aucune de ces propositions. Ce sera plutôt « Bon, ok, c’était pas flamboyant, ce fut laborieux, mais qu’est-ce que ça fait du bien d’être champion du monde ! ».

    Lorsque l’enjeu prend une telle ampleur (se qualifier pour une finale de CDM, gagner la finale…), je pense qu’il y a aussi chez beaucoup de passionnés, l’émotion qui prend le pas sur le jeu. Dans le match contre la Belgique, j’ai vibré, non pas pour la beauté du jeu des Bleus, mais pour chaque action qu’ils annihilaient, pour chaque occasion qu’ils se procuraient. On est alors « à fond » parce qu’ils donnent tout pour quelque chose de grand à défaut d’être magiques.

    En raisonnant par l’absurde, il est bien évident que le même genre de match dans une rencontre de qualifications quelconque, je n’aurais pas ressenti la même chose.

    Je préfère le beau jeu à choisir, mais dans l’absolu, le pire c’est quand une équipe ne donne pas tout, qu’elle soit portée sur l’offensive ou pas.

  2. J’aurai pas dit mieux!! Merci pour cette analyse, à contre courant des conneries qu’on peut entendre à tout bout de champ depuis les 8e,racontées par des gens qui ont retourné leur veste 1000 fois et qui crachait sur Deschamps en match de poules. le résultat, le résultat, le résultat! Ya plus que ça qui compte, et c’est triste!! J’en viendrai presque à regretter le temps de l’équipe de France flamboyante qui allait pas au bout, mais qui offrait de vraies émotions de jeu (1982, 1986), même si ça sonne un peu vieux con et ancien combattant!! Continuons à former les jeunes avec des idées et des exigences de jeu, et espérons que dans le futur, le jeu reprendra le dessus sur l’enjeu!! On peut toujours rêver, c’est gratuit!!

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