Bi-nationaux: France-Algérie, les joueurs opportunistes

Pour qui se prennent ces joueurs qui se pensent au-dessus d’une sélection ? Et pourquoi, le débat concerne-t-il essentiellement les franco-algériens ? Décryptage.

La décision des bi-nationaux de rejoindre l’une ou l’autre des sélections auxquelles ils peuvent prétendre, fait souvent débat dès lors qu’il s’agit des joueurs d’origine algérienne.

Aubameyang, Belhanda, Lemina, Chamakh… Aucun de ces cas n’a été débattu ou commenté avec autant d’insistance que Fekhir, Brahimi, Feghouli, et aujourd’hui Benzia ou Ounas.

L’histoire entre les deux pays est sûrement une des raisons principales à ce débat permanent, et qu’on ne vienne pas nous faire croire que ce sont des raisons sportives qui déchainent les passions car, par exemple, entre Aubameyang et Benzia, il n’y a pas photo.

Mais en dehors de ce débat, se pose une vraie question: quelles raisons poussent réellement ces jeunes franco-algériens à choisir un pays plutôt qu’un autre ?

La réponse est simple et se décompose en deux parties.

Tout d’abord, ces jeunes se sentent français. Ils évoluent d’ailleurs tous dans les  sélections françaises de jeunes. On n’ouvrira pas le débat sociétal car ayant grandi dans le cocon des centres de formation, ils ne peuvent pas utiliser l’argument du rejet ou de la victimisation.

Mais lorsqu’il faut choisir sa sélection définitive, tous ces jeunes font un choix par défaut. Ils se retrouvent en équipe d’Algérie parce qu’ils n’ont pas le niveau pour intégrer l’équipe de France A, et profitent, aujourd’hui, du renouveau de l’Algérie pour participer à des évènements internationaux et notamment la coupe du monde.

Mehdi Lahcen a refusé la sélection algérienne pendant cinq ans avant de se sentir bizarrement concerné, une fois l’Algérie qualifiée pour la coupe du monde 2010. Medjani (qui ne connaissait même pas l’Algérie avant sa première sélection), Brahimi, Feghouli, Boudebouz etc… ont tous eu la même démarche.

Aujourd’hui, c’est donc Benzia qui a choisi de jouer pour les fennecs. Pourtant, il y a encore très peu de temps il se disait indécis, et portait même sur ses chaussures le drapeau français. Quant à Ounas, il a déclaré vouloir continuer en équipe de France de jeunes encore un an avant de se décider. Mais qui est ce joueur pour se placer au- dessus d’un pays ? Non content d’être au-dessus des clubs grâce à leur pseudo valeur marchande, ils se pensent plus importants que la sélection.

Mais l’équipe nationale n’est pas un club. On ne profite pas d’une sélection pour exister et faire un beau contrat, puis changer de pays par opportunisme.

Et en dehors du comportement des joueurs, il faut souligner l’attitude des dirigeants des deux fédérations, des clubs, de la famille, de l’entourage. Tout le monde y va de son conseil voire de sa pression.

La fédération algérienne, avec à sa tête M. Raouraoua, est à l’initiative du changement de règlement. Auparavant, un joueur ne pouvait porter qu’un seul maillot national des jeunes jusqu’aux pros. Puis, la règle a changé et il fallait se décider avant vingt-trois ans. Et enfin, grâce ou à cause de l’Algérie, la règle a encore évolué, et le joueur peut faire ce qu’il veut tant qu’il ne compte pas de sélections A en matchs officiels.

Alors, les fédérations font du lobbying, traquent les bi-nationaux. Et ensuite, tout le monde y va de son commentaire: harkis pour les uns, opportuniste pour les autres, les joueurs deviennent des cibles pour tout le monde, supporters, médias, réseaux sociaux.

Ce qui serait souhaitable, ce serait que la France et l’Algérie s’entendent pour une fois. Pourquoi pas rencontrer le joueur avec les deux Présidents de fédération et lui demander: pour qui tu veux jouer ? Soit il répond direct et c’est réglé. Soit il a besoin de réflexion et à ce moment-là, la France et l’Algérie lui annoncent qu’il ne mettra jamais les pieds dans une des deux sélections.

Il serait même souhaitable que la FIFA rétablissent l’ancienne règle et qu’un un joueur qui a porté un maillot national, quelque soit son âge, soit bloqué définitivement.

En plus, ça obligerait les pays africains à se structurer pour former des joueurs et à arrêter de compter sur la formation des autres pays pour récupérer des joueurs.

Pour qui se prennent ces joueurs pour se faire supplier de jouer pour un pays ?

Pour terminer, il faut savoir que ces histoires entre l’Algérie et la France ne datent pas d’aujourd’hui. Pendant la guerre d’Algérie, certains français musulmans, comme ils étaient appelés à l’époque, doivent quitter leurs clubs français pour marquer l’opinion sur la guerre d’indépendance. Plusieurs de ces joueurs sont alors internationaux et rêvent de participer à la coupe du monde en Suède. Parmi eux, un certain Rachid Mekhloufi, joueur de l’AS St-Etienne. Et contrairement à tout ce qui a été écrit sur ce joueur, qui passe pour un héros pour avoir renoncer à la coupe du monde, il ne voulait pas quitter son club, ni rater la coupe du monde. Il a juste été contraint et forcé de rejoindre les rangs du FLN à contre cœur…

L’histoire entre la France et l’Algérie est beaucoup trop forte pour ne pas être une des causes de ces débats interminables.

Par contre, ce qui est sûr, c’est qu’une sélection ne se choisit pas par rapport à un contrat ou une valorisation quelconque, mais par le cœur. Quand vous êtes enfants, et que vous jouez dans la cour ou dans votre chambre, vous rêvez de gagner la coupe du monde. Et si on enlève le Brésil, qui fait rêver tous les enfants du monde ou presque, la sélection que vous faites gagner à ce moment-là, j’ai la naïveté de penser ça, c’est celle que vous devez choisir.

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