Pourquoi les bons latéraux n’existent plus en France ?

En France, les très bons arrières latéraux se font de plus en plus rares. Et si tout partait de la formation ?

Alors qu’on nous rabâche sans cesse que le poste de latéral est devenu essentiel dans le football, en France, on a du mal à en avoir des bons. Les derniers appelés en équipe de France sont très loin de ce qu’on peut appeler des latéraux de haut niveau.

Le poste de latéral, aujourd’hui, réclame plusieurs compétences: qualités défensives, lecture du jeu, savoir couvrir son défenseur axial, mais aussi offensivement en apportant du nombre, en dédoublant et en ayant une vraie qualité de centre. Evidemment, c’est le tableau idéal. Par le passé, des joueurs comme Zanetti, Maldini, Zambrotta, Amoros, et plus récemment Lham ou Maxwell savaient faire tout cela.

Un problème de formation

Aujourd’hui, dans les équipes de jeunes, pendant toute la formation, le poste de latéral est délaissé. On y met souvent le moins bon joueur parce qu’on considère tous les autres postes comme plus importants. Et comme on analyse le jeu qu’à travers les résultats, on insiste sur la défense centrale, les attaquants, les milieux de terrain et on en oublie de faire travailler les latéraux, notamment sur le plan défensif.

Pendant la formation, il faut prendre le temps d’expliquer au joueur qui évolue à ce poste comment couvrir son défenseur et s’aligner, mais aussi comment emmener son adversaire vers le côté ou plutôt vers la densité, suivant les rencontres. Il faut prendre le temps de le faire travailler les centres, que ce soit après avoir dédoublé, mais aussi sans forcément déborder en mettant le ballon dans le dos de la défense, ce que faisait très bien Willy Sagnol à son époque.

Alors, quand vient le moment de passer professionnel, et qu’on se rend compte que le latéral n’a pas le niveau, que fait-on ?

Puisque désormais on demande aux latéraux d’apporter offensivement, on recycle un ancien attaquant de côté en se disant: « il ne sait pas défendre mais au moins il sait attaquer. On essaiera de lui donner deux ou trois conseils pour ne pas être à la rue défensivement. ». Il suffit de regarder le nombre de latéraux français qui ont été formés à un poste offensif et qui ont été replacés derrière ensuite.

Le dernier exemple en date: Bouna Sarr. Et le niveau des latéraux est tellement déplorable que malgré ses lacunes et la découverte du poste, certains n’hésitent pas à en parler pour être appelé en équipe de France… C’est dire.

Si les éducateurs étaient moins dans le résultat et plus dans la formation (ce qui devrait normalement être le cas !!!), il prendrait également le temps de faire évoluer les joueurs à plusieurs postes pour emmagasiner du bagage tactique à tous les postes et avoir une formation complète… Mais bon, il faut gagner la Gambardella, c’est le plus important pour l’égo de l’entraineur !!!

Les statistiques ont tué le poste

Une fois professionnelle, est-il trop tard ? Evidemment, non, encore faut-il tomber sur le bon entraineur? Même s’il a encore quelques lacunes, quel est la latéral qui a le plus progressé défensivement ces dernières années ? Benjamin Mendy avec Bielsa. Si on se souvient de ses débuts à l’OM, défensivement, c’est cauchemardesque.

Le problème, c’est que désormais, l’opinion publique, mais aussi les journalistes, juge un défenseur au nombre de buts marqué. Lorsque Kurzawa inscrit un triplé contre Anderlecht, ok c’est un exploit, mais défensivement, son match est juste catastrophique. Alors ça compense, ça masque ses faiblesses et on en fait des caisses. Et pour lui, c’est comme ça depuis le début de sa carrière. D’ailleurs, on le voit quand il tente des talonnades, des gestes improbables, il se prend pour un autre.

Pourtant, il a eu en Maxwell, un modèle de ce qui se fait de plus complet et d’intelligent. Le brésilien marquait des buts, centrait parfaitement, mais surtout il savait lire le jeu, être toujours bien placé, couvrir ses défenseurs.

D’ailleurs, ce problème de statistique joue sur le comportement des joueurs. Ces derniers ont intégré que pour faire parler d’eux, pour avoir une bonne note, il fallait scorer. Comme, en plus, on leur érige en modèle Marcelo, ça n’aide pas. Le brésilien est un joueur magnifique techniquement, en plus d’avoir un caractère exceptionnel, tant sur le plan de la joie de jouer que guerrier. Mais si on est juste un peu lucide et objectif, ses prestations défensives sont juste affligeantes. Mais il marque, parce qu’il fait des choses, tactiquement, qui sont juste surréalistes.

Bien aidé par les entourages, les agents, les joueurs se pensent donc de très bons latéraux quand ils inscrivent des buts ou font des passes décisives. Allez donc ensuite leur expliquer qu’ils ne savent pas défendre, qu’il faut qu’ils progressent dans ce domaine, que ce n’est pas digne d’un joueur de haut niveau d’être systématiquement mal placé, pris dans son dos… C’est impossible.

Pour terminer, il suffit de regarder qui sont la latéraux des clubs français importants et combien y a-t-il de français ? A Lyon, il n’y en a pas. A Marseille, il y a Amavi et donc Sarr, sorti de nulle part. A Monaco, Sidibé, parfait stéréotype du latéral reconverti. Au PSG, Kurzawa. En équipe de France ? Digne, qui ne joue pas beaucoup à Barcelone et qui a même évolué comme défenseur central ce week-end. Kurzawa, encore lui. Benjamin Mendy, peut-être le plus complet, même s’il a lui aussi encore quelques lacunes défensives. A droite, Jallet, Pavard et Sidibé.

Comme à beaucoup de poste, la formation française a pris du retard sur le poste de latéral. Mais bon, il paraît que si nos joueurs se vendent, c’est que nous sommes les meilleurs… Donc tout va bien.

1 Comment

  1. Comme une évidence…. Mais regardons les latéraux de très haut niveau ailleurs….ils ne sont pas légion…. Regardons aussi un garçon comme Auriez…il n a jamais mieux défendu qu’à Toulouse….. Des son arrivée bien à Paris il s est affranchi de ses qualités défensives pour devenir un ailier défensif…. Idem pour Mendy sous la houlette de Bielsa belle progression puis pareil devenu un ailier défensif… Il n y a pas que la formation..il y a aussi le travail en club qui les pousse à devenir cette sorte d ailier défensif comme des hybrides mal proportionnés……

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