Comment manger sur trois matchs (ou une demi saison) ?

Autrefois, il fallait enchainer les bonnes saisons pour faire parler. Aujourd’hui, joueurs ou entraineurs peuvent manger dix ans sur trois matchs.

Capello, Lippi, Trapatoni et j’en passe. Redondo, Guardiola, mais aussi Zidane, Del Piero, Baggio et autres Inzaghi. A cette époque, que ce soit les entraineurs ou les joueurs, il fallait autre chose que trois bons matchs ou une bonne saison pour exister.

Tous ces entraineurs ou joueurs sont restés plusieurs saisons au top, dans de grands clubs, et à une époque où gagner la ligue des champions, par exemple, n’était réservée qu’aux vainqueurs des championnats.

Puis, il y a eu l’arrêt Bosman, l’avènement des droits télé, la surmédiatisation du football. Et là, c’est une catastrophe.

Aujourd’hui, on parle d’un Julien Stephan, après seulement trois quarts de saison et une coupe de France, comme d’une révélation, l’entraineur du futur. Permettez-moi d’attendre un peu et d’analyser autre chose que le seul résultat. Et encore. Sur les 25 derniers matchs de Rennes, les bretons n’en ont gagné que 7… C’est dire.

Evidemment, côté joueur, c’est encore pire. Sur les dernières années, rien qu’en ligue 1, la liste ferait froid dans le dos de joueurs qu’on a présenté comme des cracks et qui ont disparu. Ntep, Lemina, Imbula, mais aussi Martin, Meriem, Ben Arfa. Il y a, à cela, plusieurs explications.

Evidemment, la recherche, par les médias, de la belle histoire, du crack qu’on a vu avant les autres. Parce que quand un joueur brille et qu’un média en fait des caisses, il pourra, plus tard, se vanter d’avoir tout vu avant les autres. Dans le cas contraire, on en cherchera un autre et tout le monde oubliera. Pour la belle histoire, on sera plutôt du côté de ceux qui veulent nous expliquer que tel ou tel club ne voulait pas de lui, qu’il vient d’une famille qui a souffert, ou encore qu’il prenait le train pour aller s’entrainer à plus d’une heure de chez lui etc… Parce que les gens aiment ça.

Autre problème, l’utilisation de superlatifs à tort et à travers et qui ne veulent plus rien dire. Un match exceptionnel, une technique hors norme. Tous ces mots qu’on ne devrait utiliser que partiellement mais qui sont devenus banals.

Il n’y a pas que les médias. La surenchère des salaires et des transferts fait également très mal. Parce qu’on mélange prix du transfert et niveau du joueur.  Ce n’est pas parce qu’un joueur vaut 40M€ que c’est un crack. On est juste dans une économie devenue folle. Un joueur à 40M€ aujourd’hui, c’est un joueur à 5 ou 8 il y a dix ans.

Les réseaux sociaux ne sont pas étrangers à tout cela. Les fans y sont hyperactifs et ajoutent à la folie du n’importe quoi. Un joueur est en difficulté, il marque un but, et là, on voit apparaître des milliers de message avec le fameux « il vous a fermé votre bouche ». C’est nul, ça ne sert à rien, mais ça fait parler du joueur.

On en arrive à avoir des joueurs qui bouffent sur dix ans grâce à quatre bons matchs. Parce qu’ils signent un contrat longue durée sous prétexte que les clubs ont peur qu’ils brillent ailleurs et de passer pour des cons. Parce qu’ils touchent alors des salaires bien au-dessus de leur réelle valeur. Et comme, au fond d’eux, ils savent qu’ils sont limités niveau football, et que, très souvent, ils n’aiment pas le foot plus que ça, ils n’ont plus d’effort à faire. Ils sont assurés leur avenir (pour peu que leur argent soit bien géré) et ils peuvent profiter de tous les à-côtés sans travailler, sans faire aucun effort.

Le manque de travail et d’analyse des clubs y est aussi pour beaucoup. Un joueur brille deux matchs, et hop, le club le prolonge et l’augmente. C’est facile et ça évite de passer pour un con s’il va briller ailleurs après… Ce qui n’arrive pas si souvent que ça.

Chez les entraineur, c’est pareil. Pascal Dupraz trouvera des postes grâce à sa grande gueule. Quand il fait sa déclaration en signant à Caen, sur la confiance en soi, il ne fait que donner à manger aux médias. Certains apprécieront, d’autres se moqueront de lui, mais tous vont parler de lui, et c’est bien là le principal.

Montanier, Casanova, Garcia, Dupraz et les autres, vous pouvez aller observer leurs parcours, ce qu’ils ont fait dans leurs carrières (et je ne parle pas des titres), et vous verrez que chacun a réalisé une bonne saison et qu’ils ont fait leur image là-dessus.

Moi, je me rappelle que Zidane, après trois mois à la Juve, certains le remettaient en question. Je me rappelle qu’à une époque, certains avaient des doutes sur Del Piero.

Je rappelle au passage que sur les trente dernières années, on a vu passer des Romario, Bebeto, Mauro Silva, Maradona, Zidane, Laudrup, Stoichkov, Cantona, Susic, Waddle, Redondo, Guardiola, Vieira, Makelele, Saviola, Aimar, Batistuta, Rui costa, Maldini, Pirlo, Nesta… Je ne vais pas tous les citer, la liste est trop longue de joueurs talentueux et qui ont duré plus qu’une saison.

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