Coupe d’Europe: Pourquoi les clubs français n’y arrivent pas ?

Une fois de plus, les résultats européens des clubs français ne sont pas bons. Pourquoi les clubs n’y arrivent pas ?

La France et les coupes d’Europe, c’est un problème. Heureusement que quelques épopées viennent égayer le parcours européen des clubs français (l’OM en finale de C3 ou Monaco en demi-finale de C1), parce que sinon, ce serait d’une tristesse sans nom.

Cette saison, on a donc eu Marseille et Bordeaux sortis dès les poules d’Europa league accompagnés de Monaco au même stade de la compétition mais en ligue des champions, et donc le PSG, Lyon et Rennes en huitième de finale. Les raisons sont multiples.

L’état d’esprit, le mental

Pour commencer, cette idée développée en France comme quoi on ne pouvait pas jouer tous les trois jours. Les joueurs abordent donc les matchs de la semaine avec de la fatigue plein la tête. Il faut dire qu’ils sont bien aidés par les entraineurs. Non contents de faire des déclarations négatives lors des conférences de presse, les compositions d’équipe avec un gros turn-over, viennent appuyer le discours. Comment alors jouer un match de coupe d’Europe quand vous êtes conditionnés à être fatigués avant le match, qu’on vous explique que le plus important c’est le championnat, et que l’équipe alignée est composée d’un certain nombre de joueurs habituellement remplaçants ?

Ce qui est drôle, c’est que les clubs se battent toute la saison pour finir le plus haut possible au classement, mais qu’une fois qualifiée, ils balancent la compétition. Mais ce qui est encore plus drôle, c’est que ces clubs vont justifier certaines défaites par le manque d’expérience. Mais comment acquérir de l’expérience si vous ne jouez pas la compétition avec l’état d’esprit nécessaire ?

A cet état d’esprit, il faut ajouter la suffisance. Oui, cet état qui fait que quand le nom n’est pas ronflant, vous abordez le match sans aucune envie, en pensant qu’être sur le terrain et être un club français, ça suffira à battre un club roumain, moldave ou chypriote.

Au niveau du mental, nos clubs ne sont pas prêts à jouer des matchs de très haut niveau. Parce qu’après la suffisance, il y a la peur. Il faudrait que les clubs français arrêtent d’être bloqués par l’enjeu. Mais pour cela, il faut des clubs forts avec une histoire, mais il faut aussi avoir l’expérience de ses matchs… C’est finalement un cercle vicieux ou vertueux, suivant la façon dont on l’aborde: plus on joue de matchs de coupe d’Europe, plus on joue ces matchs à fond, plus le club est fort, plus les résultats suivront.

Le jeu

Evidemment, on est là au cœur du problème. Et je ne parle pas de jeu spectaculaire, offensif, mais juste de ligne directrice. Quelle équipe en France possède une identité de jeu, qu’elle soit défensive ou offensive ? Aucune, mais c’est logique.

Déjà, au niveau de la formation, il n’existe pas d’identité puisqu’on forme des joueurs aux qualités individuelles et pas des joueurs de collectif.  Parce que la technique, ce n’est pas seulement savoir dribbler, c’est savoir contrôler dans le sens du jeu, bien s’orienter, savoir donner un ballon en une touche le bon tempo. Tactiquement, c’est savoir se placer et se déplacer dans les bons intervalles, proposer des solutions. Je rappelle qu’au Barça et à l’Ajax, contrairement aux idées reçues, les joueurs les plus importants ne sont pas les porteurs de balle mais tous les autres joueurs autour, et que le jeu sans ballon est un élément essentiel des principes de jeu. Pas chez nous puisque le joueur le plus important, c’est celui à qui on donne le ballon pour faire la différence seul.

Mais cela vient aussi du recrutement. Nos clubs recrutent par l’intermédiaire d’agent des joueurs au jeu totalement différent et sans aucun lien. Quand vous souhaitez jouer en exerçant un pressing haut, vous devez recruter différemment que si vous souhaitez jouer plus bas et en contre. Pourtant, nos clubs sont capables de recruter deux défenseurs centraux dont un a le profil pour jouer haut et l’autre bas.

Alors, comme de nombreuses équipes de ligue 1, l’objectif est d’essayer de bien défendre et de laisser les joueurs offensifs improviser. Et oui, parce qu’une animation offensive, même si elle doit laisser une part à la créativité et à l’improvisation, ça se travaille. Les déplacements, les circuits de passes, tout cela, ça ne s’improvise pas le jour du match.

On voit d’ailleurs bien que rien n’est clair dès la composition des équipes. Un jour on met un milieu de terrain travailleur, le match suivant des milieux plus joueurs. Et le pire, c’est d’en changer à un moment clé.

Quand l’OL joue plusieurs semaines avec Aouar – Ndombélé, et que, le jour du gros match, il met Tousart, quel est le message ? « Bon, les gars, on a travaillé depuis plusieurs semaines comme cela, mais aujourd’hui, je n’ai pas confiance en vous, donc je remets un milieu plus défensif, tant pis pour les sorties de balle ».

L’autre élément manquant du jeu en France, c’est l’intensité. C’est la base du football d’aujourd’hui. Répéter les courses, mettre la pression, l’agressivité nécessaire. Sauf qu’en ligue 1, tout cela n’existe pas.

Je fais partie de ceux qui pensent que la premier league est surcôtée. Techniquement et tactiquement, ce championnat est d’un niveau très moyen. Mais si les gens l’apprécient, c’est que toutes les équipes donnent toujours le maximum, sur tous les ballons et jusqu’à la dernière minute. Alors, le dernier peut tenir en échec le premier, ou en tout cas lui poser des problèmes. En ligue 1, quand le dernier se déplace chez un « gros », il y va juste pour défendre, tenir le 0-0, et éventuellement, attendre une erreur adverse pour exploiter le seul ballon d’attaque qu’il aura.

Pour avancer, il va falloir que les clubs français repensent leur façon de jouer, leur façon d’aborder ces matchs. Il va falloir repenser la formation. Former des joueurs de ballon, de collectif, mais aussi des compétiteurs, pas juste des mecs qui ne pensent qu’à faire des différences individuelles. Mais il va falloir, enfin, donner un statut au club pour que les joueurs arrêtent de se penser au-dessus de l’institution mais aussi de ne le voir seulement que comme un tremplin pour l’étranger.

Il va falloir repenser le travail. Pourquoi, tous les joueurs qui partent à l’étranger reviennent systématiquement avec ce mot à la bouche. « On bosse dur là-bas », ou encore, « j’y ai appris le professionnalisme ». En même temps, c’est normal, puisqu’en France, les joueurs arrivent à 9H45 pour repartir avant 12H. Que les coachs, c’est pareil. Qu’on est tout le temps dans la récupération, la gestion de la fatigue.

Pour terminer, le manque de moyens n’est pas une excuse. Déjà parce que les clubs français ne sont pas si pauvres que cela, mais qu’ils utilisent mal l’argent. Mais surtout parce que ces clubs se font taper (et dominer dans le jeu) régulièrement par des clubs aux budgets dix fois inférieurs.

Alors, à quand la révolution ?

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