Déconnectés ou arrogants ?

Souvent, on a l’impression que les joueurs de foot sont déconnectés de la réalité. Mais est-ce juste une impression ?

Valdano, ancien joueur argentin champion du monde 1986 déclarait « qu’il était dommage qu’un joueur de foot ne puisse pas commencer par la fin de sa carrière. Il comprendrait alors beaucoup de choses ». Cette déclaration peut faire sourire, mais elle est tellement vraie.

Enfermés dans leurs bulles de stars mondiales, de nombreux joueurs ne se rendent pas compte de ce qu’ils disent, de ce qu’ils souhaitent. Il serait trop facile de ramener cela à l’argent et de déclarer, bêtement, qu’avec ce qu’ils gagnent, ils feraient mieux de se taire. Parce que l’argent ne fait pas tout et que même avec des sommes astronomiques, il y a toujours un être humain derrière.

Le problème, c’est que les joueurs sont sans cesse en train de se plaindre du traitement médiatique qu’ils subissent, des sifflets ou agacements des supporters à leur encontre. Mais ont-ils assez de recul pour faire leur autocritique ? Sont-ils assez bien entourés pour entendre la vérité ?

Le traitement médiatique, c’est le problème numéro 1. Combien de joueurs ont été montés tout en haut de l’affiche après seulement trois bons matchs ?  Les journaux sont à la recherche d’idoles, de stars pour vendre leur papier, de joueurs qui font rêver. Tous ces gens se foutent bien du mal qu’ils font à un gamin de 18 ans, pas encore mature et préparé à cela. Alors, le joueur prend ces compliments tel le corbeau dans la fable. Et il se perd, comme le corbeau perdit son fromage. Dans ces moments-là, vous n’entendrez jamais un joueur venir se plaindre pour dire aux journalistes:  » arrêtez de m’encenser, je n’ai encore rien fait, rien prouvé… ».

Puis, quand les critiques deviennent négatives, là, en revanche, le joueur va demander de l’indulgence, nous expliquer qu’il n’est pas seul sur le terrain, que le coach ne le met pas dans les meilleures conditions. Sauf que, même si parfois (rarement) c’est exagéré, les critiques sont justifiées. Il est amusant de constater que  lors de périodes négatives, les joueurs déclarent souvent qu’ils ne lisent pas ce qui se dit. Quelle blague !!! Ils sont accrochés aux notes et aux réseaux sociaux pour voir ce qu’on pense d’eux.

Si les critiques négatives sont mal vécues, c’est aussi à cause de l’entourage. Les agents et la famille sont les premiers à encenser le joueur en permanence. Comment avoir de la lucidité sur ses prestations quand on vous répète en permanence que tu es le meilleur, que les journalistes sont des tocards qui n’ont jamais joué au foot ou encore que c’est de la faute de ton coach qui ne sait pas t’utiliser.

C’est là que la phrase de Valdano prend tous son sens. Il suffit d’écouter les anciens joueurs devenus consultants pour comprendre. Eux qui n’acceptaient aucune critique, qui nous racontent même leurs carrières comme s’ils étaient des phénomènes à leurs époques (on est en âge d’en avoir vu jouer certains qui feraient mieux d’éviter de dire de telles bêtises !!!), défoncent des joueurs sur leur niveau, leur état d’esprit, leur lacune technique et tactique. S’ils se permettent cela, c’est qu’après leur carrière, ils se rendent compte de pleins de choses et que sûrement, s’ils avaient vécu leur rôle de consultant avant de jouer, ils auraient beaucoup mieux accepté les critiques.

Les joueurs de foot, pour la très grande majorité, sont enfermés dans les centres de formation depuis très jeunes, et entre footballeurs. Ils sont donc enfermés dans une bulle entre eux, avec des gens qui pensent comme eux, et un entourage qui ne rêve que de gratter de l’oseille sur leur dos, une fois professionnel. Alors, on ne les critique pas, de peur de voir s’échapper la poule aux œufs d’or vers un autre entourage. Personne n’aime s’entendre dire qu’il n’a pas été bon, qu’il ne progresse pas. Mais l’accepter, ne permet-il pas de progresser ?

L’interview de Paul Pogba dans France Football de ce mardi 5 juin en est le reflet. Tout au long de l’interview, il répète qu’il n’est pas jugé comme les autres, que les journalistes cherchent sans cesse ses erreurs plutôt que les choses qu’il a bien faites. Désolé, mais j’ai envie de lui dire qu’s’il gagne si bien sa vie, c’est grâce à la notoriété que les médias lui ont octroyée. Sans celle-ci, il gagnerait beaucoup moins. Et j’irai même plus loin, s’il veut vivre sans critique publique, il lui suffisait d’aller signer en CFA, personne ne parlera de lui. Et oui, messieurs les joueurs, c’est le revers de la médaille. Vous ne pouvez pas gagner très bien votre vie grâce aux médias et à la surexposition du foot, et n’en vouloir que les bons côtés.

Le mancunien explique ensuite que si on veut qu’il soit un leader, il faut le mettre dans les meilleures conditions. C’est le monde à l’envers. Déjà, vis à vis de ses partenaires qui doivent se dire « entre Rabiot qui se pense meilleur que nous, et Pogba qui veut que nous soyons à son service, ça commence à faire beaucoup non ?? ». Ensuite, un entraineur n’impose pas un leader technique en le faisant jouer où il veut, comme il veut. Le leader s’impose par la multiplication de ses performances et force alors le coach à faire l’équipe autour de lui.

Enfin, il paraît que Pogba, il faut le prendre comme il est et que « personne ne lui dira comment il doit jouer ». A quoi sert son coach alors ? Sans commentaire.

Paul Pogba ajoute même une chose étrange: il demande aux journalistes français d’être derrière l’équipe de France. Mais ce n’est pas le rôle d’un journaliste, il n’est pas supporter, il est là pour relater ce qui se passe, ce qui va et ce qui ne va pas, pas pour soutenir aveuglément. Il dit d’ailleurs, pour justifier cela, que les notes, parfois insultantes, irrespectueuses, ont un impact sur les joueurs. Mais je croyais que l’avis d’un frustré qui n’avait jamais joué au foot ne vous intéressait pas ? Si votre coach est satisfait de vos prestations, pourquoi une note dans un journal aurait un tel impact sur vos performances et votre mental ? C’est bizarre, non ?

La vraie question, en rapport avec la phrase de Valdano, ce serait plutôt: les joueurs, pendant leurs carrières, ont-ils assez de recul pour s’auto-évaluer et accepter la critique ?

Pour terminer, un mot sur Leroy Sané qui souhaite bon courage à la Mannschaft alors qu’après sa très belle saison avec City, il n’a pas été retenu dans les 23 allemands. Ok,les mauvaises langues diront que c’est de la comm. Mais ça a quand même une autre gueule que le comportement de Rabiot et ça rassure sur le fait que dans certains pays, l’équipe nationale a encore une importance supérieure à l’individu.

Finalement, les joueurs (Rabiot, Pogba) sont à l’image de notre football, de notre DTN. Ca se pense les meilleurs, ça donne des leçons à tout le monde, mais ça n’a remporté qu’une coupe du monde en un peu moins de cent ans, et seulement deux coupes d’Europe des clubs en 70 ans. Une petite dose d’humilité ferait du bien à tout ce joli petit monde, non ?

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