Les éliminatoires, c’est compliqué

Dans la dernière ligne droite des éliminatoires à la coupe du monde, chaque continent vit son lot de surprise ou d’inquiétude. Pourquoi est-ce si compliqué ?

Alors qu’il ne reste qu’une ou deux journées, et même plus pour les pays européens qui joueront les barrages, très peu de pays sont officiellement qualifiés pour la coupe du monde en Russie. Chaque continent a ses spécificités, mais la réalité, c’est que les éliminatoires sont très compliqués.

L’exemple le plus significatif aujourd’hui, c’est l’Amérique du Sud. L’Argentine est mal en point, et il y a des chances qu’entre le Chili, l’Argentine et la Colombie, un de ces trois pays n’aillent pas à la coupe du monde. Si les éliminatoires s’arrêtaient ce soir, c’est l’Argentine, 6ème, qui serait éliminé.

Il y a les éléments communs à toutes les équipes et à tous les continents. Par exemple, les blessés. De nombreux sélectionneurs ne peuvent pas appeler une majorité de mêmes joueurs d’un rassemblement à l’autre. D’ailleurs, alors que c’était un critère autrefois, le temps de jeu dans les clubs est de moins en moins pris en compte, les sélectionneurs privilégient de plus en plus la continuité dans un groupe que la forme du moment.

Autre élément commun, le manque de temps pour les sélectionneurs de pouvoir mettre en place un « projet de jeu ». Les joueurs arrivent dans leur sélection le lundi, après avoir joué le weekend. La première des deux rencontres a souvent lieu entre le jeudi et le samedi. Le lendemain de l’arrivée, c’est entrainement léger. La veille de la rencontre, c’est entrainement léger. Il ne reste plus alors qu’une ou deux séances maximum pour travailler et tactiquement et les automatismes. Quand on sait qu’en club, on nous répète que les automatismes arrivent après six à huit semaines de travail…

On peut aussi avancer l’argument de la place de ses rencontres dans le calendrier. Coincés entre le championnat et les matchs de ligue des champions, ces rencontres sont compliquées à gérer pour les joueurs. Ce n’est pas une excuse, car se qualifier avec son pays pour la coupe du monde devrait être une priorité. Mais on peut comprendre, humainement, qu’il est difficile pour un joueur d’être motivé et concentré à 100% quand il affronte le Luxembourg ou le Liechtenstein, sur des terrains parfois pas terribles, dans des petits stades, alors qu’il vient d’enchainer des rencontres face à la Roma, au Barça, ou à City. C’est humain.

Il y a également le fait que pour certains pays, qui savent très bien qu’ils ne se qualifieront pas, affronter la France, l’Argentine ou l’Allemagne, c’est leur coupe du monde. Eux, ils sont à 200%, prêts à se battre sur chaque ballon et à faire parler d’eux pour leur exploit d’un soir, à l’image du Luxembourg, venu obtenir un match nul face à la France, le mois dernier. Comme ces « petits » pays ont également réduit l’écart athlétique et tactique avec les grosses nations, les résultats inattendus arrivent plus souvent.

Viennent ensuite les spécificités propres à chaque continent. Les rivalités ou encore le jeu et l’arbitrage différents. La majorité des joueurs des nations favorites sur chaque continent joue en Europe. Quand ils se retrouvent en Afrique ou en Amérique du Sud, le choc est parfois brutal. Là où ces joueurs obtiennent des fautes en Europe, ailleurs, on ne siffle pas. Ajouté à cela les conditions climatiques, ça commence à faire beaucoup.

Mais ce n’est pas tout. Même si les joueurs voyagent, en général, dans d’excellentes conditions, enchainer les matchs en Europe, puis faire un premier voyage de 11 ou 12 heures pour rejoindre sa sélection, puis voyager sur des continents immenses, puis enchainer deux rencontres en quatre jours, pour ensuite refaire le vol inverse vers l’Europe, même dans de très bonnes conditions, à un moment, ça pèse.

En Afrique, on peut y ajouter un autre problème: l’instabilité. Politique évidemment, mais surtout sur les bancs. Les changements de sélectionneurs intempestifs, les ingérences des fédérations, les problèmes de prime, les problèmes d’égo, tout cela finit par plomber certaines sélections. L’Algérie et le Cameroun sont déjà éliminés, alors que le Ghana est mal en point.

L’équipe de France est dans ce cas. Battue en Suède et faisant match nul en Biélorussie et à domicile face au Luxembourg, les bleus n’ont qu’un point d’avance sur la Suède à deux journées de la fin. Le déplacement de ce soir, en Bulgarie, est typique du match piège. Un adversaire surmotivé, qui peut, en plus, espérer encore accrocher une place de barragiste. Des absents (Pogba, Kurzawa, Koscielny, Mendy, Benzema (non, je rigole !!!). Un sélectionneur qui ne sait pas s’il doit aligner une équipe pour gagner ou pour ne pas perdre. Ca sent le traquenard.

En fait, ce qui permet aux gros pays européens de se qualifier, c’est le nombre. 13 pays vont aller à la coupe du monde, contre cinq en Afrique et 4 + 1 barragiste, en Amérique du Sud.

Encore une fois, et même si je sais que c’est très compliqué car le football de club a pris le dessus, il va falloir penser à aménager de vraies périodes pour les équipes nationales. Par exemple, deux séquences de trois semaines dans l’année, où on pourrait jouer trois ou quatre matchs.

Ce qui est sûr, c’est qu’entre ce soir et la semaine prochaine, on risque d’assister à d’énormes surprises.

1 Comment

  1. Yacine , encore une fois ton analyse tape dans le mille et tres réaliste !
    Le souci c’est que ta voix ne resonne pas assez dans les instances. ..
    Et pour info on est beaucoup a avoir la.meme reflexion que toi! Et pas que sur Deschamps, sur le foot en général

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