Euro U21: L’Allemagne et l’Espagne ont dix ans d’avance

La finale de l’Euro U21 opposera donc l’Allemagne à l’Espagne. Rien de surprenant. Mais pourquoi les bleuets ne sont pas au rendez depuis plus de dix ans ?

L’Euro U21 touche à sa fin. Vendredi soir, la finale nous offrira donc ce qui se fait de mieux en ce moment en matière de jeunes formation: Espagne – Allemagne.

Oui je sais, en disant cela, certains seront choqués en me montrant les fameux talents français, les montants des transferts de ces joueurs. Mais le football, ce n’est pas ça et on va y revenir.

Avant cela, il faut faire un constat global: les jeunes joueurs français sont à des années-lumière des équipes qu’on a vu lors de cet Euro. Pas en terme de technique individuelle, ni de puissance, mais en terme d’attitude collective, d’identité et de philosophie de jeu, et d’état d’esprit, on est très loin. En dehors des deux finalistes, l’Italie, le Portugal, l’Angleterre ont montré des choses très intéressantes et nous ont offert des matchs dignes du haut niveau.

En Allemagne, une remise en question salutaire

Et puis, il y a les deux monstres, ceux qui raflent tout depuis près de dix ans: l’Espagne et l’Allemagne. Tout d’bord, il faut constater que projet de jeu, philosophie de jeu et formation, chez eux, ça a un sens. Quand on regarde jouer ces deux équipes, on a l’impression d’assister à un match de leur équipe nationale A. Ca joue pour gagner mais en marquant des buts, en proposant un contenu collectif et non pas gagner pour gagner bêtement, sans savoir pourquoi on gagne ni pourquoi on perd.

Alors oui, sûrement (et ça reste à prouver) qu’individuellement, plusieurs jeunes joueurs français sont capables de choses plus spectaculaires que beaucoup des espagnols, allemands, portugais ou anglais. Mais un footballeur, ce n’est pas ça.

Les déplacements collectifs, les prises d’intervalle, la recherche de la profondeur, la percussion à bon escient, le pressing dès la perte de balle, eux ils ont tout ça.

Que proposent les footballeurs français ? Des individualités qui jouent chacun leur match de leur côté, comme si le football n’était pas collectif. Des joueurs qui ne pensent qu’au A et pour qui aller en espoirs est une punition, une perte de temps.

En Espagne, par exemple, il y avait Saul Niguez, Atletico Madrid, qui a déjà joué une demi-finale et une finale de ligue des champions, rien que ça. Mais il y avait aussi Belerin (Arsenal) Deulofeu (passé par le Barça, Seville, Milan AC, et qui devrait revenir au Barça cet été), Asensio vainqueur d’une liga et d’une ligue des champions avec le Réal, ou encore Ceballos, superbe milieu de terrain et joueur du Betis Seville. Eux n’ont pas rechigné à venir défendre les couleurs de leur pays.

Alors je sais, certains vont me dire mais combien vaut Saul ? Combien vaut Asensio ? Rien. Ils sont déjà dans des clubs qui sont des institutions, qui visent le titre de champion d’Espagne tous les ans, et qui atteignent régulièrement le dernier carré et même la finale de la ligue des champions et dans un championnat qui est une référence mondiale. Enfin, même dans ces grands clubs, ces joueurs jouent régulièrement. Pourquoi voudraient-ils partir ?

Pour rappel, il y a 13 ans, lors de l’Euro 2004 au Portugal, la Mannschaft était éliminé dès la phase de poule. Il n’en a pas fallu plus pour la fédération mette en place un nouveau processus de formation en modifiant le profil des joueurs, le style de football pratiqué. Pour cela, ils se sont inspirés de l’Espagne mais aussi de la France et en ont fait une sauce allemande qui porte ses fruits depuis dix ans. Enfin, la fédération a imposé un cahier des charges aux clubs formateurs en terme de qualité de jeu. Aujourd’hui, même s’il est sous-médiatisé chez nous, la Bundesliga est un vrai championnat spectaculaire. Et chez eux aussi, les joueurs n’ont pas besoin d’aller chercher le bonheur, le plaisir, ailleurs. Et chez eux aussi, les jeunes jouent.

En France, il paraît qu’on est les meilleurs

Dans ces deux pays, les clubs profitent de leur formation, c’est normal, mais l’équipe nationale aussi. Dans un précédent papier, j’avais dit que la seule décharge de Deschamps sur le style de jeu de l’équipe de France, c »était qu’en France, en formation et en pro, aucun club ne possède de style. Il est donc compliqué, en six jours, d’en donner à une équipe nationale. Pour les allemands et les espagnols, ce problème ne se pose puisque les centres de formation travaillent selon des principes communs. Et quand on appelle les joueurs en sélection, ils ne sont pas perdus et évoluent selon des principes qu’ils maitrisent.

Au lieu de cela, en France, on s’est extasié devant le nombre de joueurs qui s’expatriait sans se poser les bonnes questions. Pourquoi ils s’en vont ? Pour jouer dans un championnat plus regardé, respecté et spectaculaire. Pour jouer dans des stades pleins (la moyenne de spectateurs en Bundesliga 2 est de 29 000 spectateurs soit plus que la ligue 1). Mais aussi, pour gagner plus d’argent.

En France, on a eu de l’avance, on a désormais quinze ans de retard. Parce qu’on s’est pris pour les meilleurs. Parce que le copinage a pris le dessus sur les compétences. Parce qu’on se cache la vérité. Pourtant, d’après un ancien sélectionneur espoirs, Eric Mombaerts, qui formait les futurs entraineurs, et qui n’a pas réussi à qualifier une seule fois son équipe pour l’Euro de la catégorie, il paraît, qu’en France, il y avait des Verratti dans tous les centres de formation et que le PSG était ridicule d’acheter 11M€ ce joueur !!!! Apparemment, on ne les a toujours pas trouvé.

Oui, la coupe du monde U17 ou U20, ça ne vaut rien. Il faut essayer de se qualifier et de la jouer pour confronter nos joueurs à d’autres footballs, mais en étant focalisé sur une philosophie de jeu et pas par le résultat. En revanche, l’Euro espoirs, c’est la dernière marche avant les A. Alors oui, les joueurs doivent passer par là. Le problème, c’est que, contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, la sélection A est trop faible pour se passer de jeunes de 19 ou 20 ans qui n’ont même pas 20 matchs pros dans les jambes. Le problème, c’est qu’on a fait comprendre à ces jeunes, que l’équipe de France espoirs, ce n’était rien, que seul la sélection A compte. Et surtout, qu’il pouvait l’intégrer très rapidement.

C’est bizarre, parce qu’on nous a soulé avec ces jeunes joueurs formés en France qui choisissent la sélection d’origine de leurs parents. Il paraît que c’était grave parce qu’on formait des joueurs pour un autre pays. Quelle blague. Si les clubs français étaient si patriotes, pourquoi la FFF n’arrive pas à imposer une philosophie de jeu à tous les centres de formation qui profiterait à l’équipe de France ?

Mais bon, le fameux quotidien sportif de référence (facile, c’est le seul !!!) nous a expliqué la semaine dernière que tout allait mieux, qu’on formait des futures pépites, des futurs ballons d’or… Alors, continuons à faire semblant d’y croire…

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