Faire ce que je sais faire

Le football est rempli de joueurs qui se pensent capables de. Mais entre se penser et être capable, il y a un monde qui influe sur les performances. La lucidité devient alors essentielle.

Combien de fois n’a-t-on pas entendu : moi je suis un numéro 10, ou moi je ne suis pas un défenseur central. Mais combien de fois a-t-on également entendu : moi, je suis capable de faire ce qu’il fait (en se comparant à un autre joueur) et même plus.

Tous les joueurs ont des rêves, des ambitions. Tous les joueurs veulent montrer qu’ils sont capables de faire ce que les autres font. Sauf qu’il y a une différence entre se croire capable et être capable.

La (sur)médiatisation du football a entrainé un comportement des joueurs pour devenir plus visibles. Aujourd’hui, il faut être médiatisé, dans les classements de l’année du meilleur joueur au niveau national, continental et mondial. Alors, il faut en montrer encore plus.

Quand on encense Kevin De Bruyne, il y a un tas de milieu de terrain qui veulent montrer que, eux aussi, ils sont capables de faire pareil. Quand on encense Lewandowski, il y a des joueurs qui veulent montrer que, eux aussi, ils sont des attaquants complets. Quand on encense Ramos, il y a plein de joueurs qui veulent montrer que, eux aussi, ils sont capables d’avoir ce caractère, ce talent de défenseur, mais aussi marquer des buts, et des buts importants. Et ça se décline à l’infini. Mais la réalité est tout autre.

Meilleur, le parfait exemple

Oui, pour qu’un joueur progresse, il doit sortir de sa zone de confort et ne pas rester sur ses acquis. Mais même si on sort de sa zone de confort, il faut rester lucide sur ce qu’on est capable de réaliser.

Le meilleur exemple, c’est Blaise Matuidi. Quand il arrive au PSG, c’est un joueur avec des qualités, mais avec beaucoup de manque. Il va travailler, progresser, mais surtout comprendre. Comprendre ce que ses qualités peuvent lui permettre de faire en plus qu’il ne fait pas encore. Prendre la profondeur pour étirer le bloc adverse et créer de l’espace pour ses partenaires. Se retrouver parfois côté gauche et centrer, grâce à ses déplacements et pas par ses dribbles. Il va donc conserver son attitude, son apport défensif, mais apporter des éléments offensifs que ses qualités lui permettent d’avoir. A aucun moment, il n’a essayé de faire ce qu’il ne pouvait pas faire. A aucun moment, il n’a voulu montrer qu’il était capable de faire techniquement ce que fait Verratti par exemple. Avec tout ça, il est devenu incontournable partout où il est passé.

Non, tous les joueurs ne peuvent pas jouer à tous les postes

A l’inverse, aujourd’hui, Kylian Mbappé essaie de faire du Neymar. Le brésilien a cette force de pouvoir éliminer en étant arrêté. Mbappé ne l’a pas. Pourtant, de plus en plus, il décroche, vient demander le ballon dans les pieds et essaie d’éliminer sans être lancé. Il multiplie les passements de jambe inutiles et, souvent, finit par donner le ballon à trois mètres de lui.

Un joueur peut progresser dans plusieurs domaines mais en fonction de ses capacités et de ses caractéristiques. Par exemple, avec l’expérience, on lit mieux le jeu, on interprète mieux les situations, mais un Zidane, un Pirlo ou un De Bruyne auront toujours de l’avance à ce niveau sur les autres. Sinon, cela signifierait que, par exemple, tous les latéraux, avec du travail et en sortant de la zone de confort, seraient capables de jouer avant-centre ou numéro 10. Évidemment, c’est impossible.

Pour atteindre le maximum que leur potentiel leur offre, chaque joueur doit être conscient de ses manques, de ses forces, de comprendre quels sont les domaines dans lesquels il peut évoluer et, surtout, ne pas s’inventer un rôle et des compétences qu’il n’a pas. Et finalement, c’est peut-être ça le plus dur.

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.