Formation: Un changement indispensable

On parle souvent de la formation française comme d’un exemple de réussite. Tout n’est pas à jeter, mais nous devrions faire beaucoup mieux. Explications.

Le football français forme et exporte. Nous ne formons pas des joueurs pour nos clubs ou pour l’équipe nationale, mais pour vendre et boucler les budgets. Nos clubs ont trouvé le crédo pour cela: former des joueurs à forte qualité individuelle. Pourquoi ne pousse-t-on pas le processus de formation plus loin, en donnant à ces joueurs des qualités collectives qui serviraient également à l’équipe nationale ?

La culture du résultat

La première raison est évidente: le résultat. Le classement des centres de formation est établi chaque saison sur plusieurs critères, dont les résultats en jeune. Il faut donc gagner. Gagner le championnat U17, la Gambardella etc…

Avant d’aller plus loin, on ne va pas se mentir, mais cette culture de la gagne, c’est une énorme supercherie. Qui joue pour perdre ? Dans la cours d’école, dans son quartier, au five ou en club, tout le monde veut gagner. Bref.

Comme il faut valoriser le centre pour attirer les meilleurs jeunes, dont certains sont déjà courtisés par des clubs étrangers, il faut donc gagner pour être bien classé. Les présidents ne regardent donc que les résultats pour juger de la qualité d’un formateur. Les responsables de centre, souvent d’anciens pros à qui on a trouvé un emploi pour service rendu, en font de même. Comme, en plus, ils n’aiment pas « faire des heures », la solution de facilité, plutôt que d’aller voir les rencontres et d’en faire une vraie analyse, c’est donc de prendre les résultats du week-end et de dire à l’éducateur: « tu as perdu, tu es nul !!! » ou « tu as gagné, tu es un bon !!! ».

Pris dans cet engrenage, que font les éducateurs ? Plutôt que de prendre le temps de mettre en place des choses, de faire progresser les joueurs, de leur donner tout ce dont ils auront besoin pour devenir de bons professionnels, on utilise la solution de facilité. Un ou deux mecs rapides devant, deux ou trois costauds au milieu et derrière dans l’axe, et on fait des différences individuelles. Comme à l’école, en mathématique, on apprend les additions puis les soustractions, puis les multiplications et les divisions. Sans les premières, on ne peut pas faire les suivantes. Au foot, c’est pareil. J’apprends à contrôler, à passer, puis à me déplacer, puis à comprendre le jeu… Enfin, normalement, ça devrait être ça.

D’ailleurs, les allemands, les espagnols, l’ont bien compris. Désormais, ils essaient de recruter des joueurs français mais jeunes. Pourquoi ? Pour en avoir parlé avec des formateurs de ces pays, leur discours est le suivant: « les français ont un gros potentiel athlétique. De plus, ils ont des bases tactiques défensives intéressantes. Mais ils n’ont pas d’intelligence de jeu. En les prenant jeune, on peut encore remédier à cela et en faire des joueurs complets ». Allez voir en Allemagne, de plus en plus de clubs ont, dans leur centre de formation, de jeunes joueurs français.

Nos centres de formation sont un peu à l’image de ce que fait Deschamps en équipe de France: peu importe la manière, il faut gagner.

Les qualités collectives doivent permettre aux joueurs de se reposer sur des certitudes quand ça va moins bien, mais également à l’équipe nationale d’avoir une base de jeu solide et moins d’improvisation.

L’Allemagne et l’Espagne sont encore des exemples là-dessus. Dans ces deux pays, chez les jeunes, le résultat passe après le contenu et la formation du joueur. Je ne dis pas qu’il n’est pas important, mais il doit être la conséquence de ce que vous mettez en place et non pas l’objectif. Quand, dans ces deux pays, il y a des joueurs absents, les principes de jeu sont les mêmes. Cette façon de travailler permet également aux jeunes d’intégrer l’équipe A sans être perdus. L’Allemagne, à la coupe des confédérations, s’est présentée sans tous ses joueurs majeurs: Kroos, Khedira, Neurer, Hummels, Müller etc… Le style de jeu est resté le même et ils se sont imposés avec, en plus, une dizaine de joueurs qui auraient pu être au même moment à l’Euro espoirs. Euro que les allemands ont remporté sans cette dizaine de joueurs qui auraient dû être présents mais qui étaient déjà avec les A… C’est dire.

Les joueurs

Voici quelques problèmes de la formation française et de ce qui lui manque pour être meilleure.

On manque de vrais défenseurs, méchants, agressifs, à l’image d’un Bonucci ou d’un Sergio Ramos. Pourquoi ? Parce qu’à force de mettre des sécurités partout, on en oublie d’apprendre à nos défenseurs d’être des défenseurs. En formation, il faut les laisser de temps en temps en un contre un, livrés à eux-mêmes. Nous, on pense qu’un bon défenseur axial, c’est un joueur qui sait relancer propre, un numéro 10 !!!!

On a des problèmes de latéraux ? Normal. Chez les jeunes, on met, à ce poste, les joueurs les moins intéressants, juste pour faire le nombre. Puis, en fin de formation, on met un ancien attaquant qui deviendra un latéral offensif, mais qui ne sait pas défendre. Regardez la différence entre Alvès ou Maxwell et nos français dans la lecture du jeu et des couvertures. C’est effarant !!!

Nos milieux ? Beaucoup de profils similaires. Soit la fameuse sentinelle qui ne fait rien d’autre que casser les attaques adverses, ou le relayeur qui percute. Combien de vrais joueurs ont une qualité de passe au-dessus de la moyenne type Kroos, Modric, Iniesta ? Et encore, heureusement que Kanté est tombé du ciel sans passer par un centre de formation, et que Matuidi a appris à prendre la profondeur au PSG.

Pour les attaquants, c’est pareil. Beaucoup de joueurs ont ce profil de perforateur, percutant pour faire des différences individuelles. Pourquoi ? Parce qu’en jeune, on se sert de cette qualité pour gagner les matchs. Sauf que quand ils arrivent au plus haut niveau, que les qualités athlétiques sont moins flagrantes, ils ont du mal. Parce qu’on ne leur apprend pas à se déplacer dans les bons intervalles, à varier leurs courses.

L’intelligence de jeu, c’est essentiel au football de haut niveau. Comprendre les forces et faiblesses de l’adversaire. Où se déplacer pour le mettre en difficulté, comment me déplacer en fonction de mon adversaire, de mes partenaires et de ce que demande le jeu. Quand dois-je jouer en une touche ou quand contrôler… Mais trop de joueurs ont tendance à faire toujours pareil. Coman et Dembélé sont dans ce cas: prise de balle, percussion. C’est bien, mais quand c’est systématique, il devient alors trop facile, pour des adversaires de haut niveau, de défendre.

On ajoutera à tout cela l’état d’esprit. Quand on voit l’entrée de Rabiot en Bulgarie, on peut se poser des questions. Ok, il n’aime pas jouer à ce poste de sentinelle, mais quand vous avez la chance d’être appelé en équipe de France et d’entrer, peu importe la raison, dès la 30ème minute, il y a un minimum d’effort à faire. Pourquoi Kimich, au Bayern et en équipe d’Allemagne, est trimballé à tous les postes et ne dit rien ? Pourquoi Ramos, plus jeune, alternait régulièrement entre défenseur central et latéral droit sans rien dire ?

Mais cet état d’esprit est de la faute des clubs. Quand vous donnez autant d’importance à un joueur, parce que c’est une valeur marchande indispensable, vous envoyez un mauvais message. C’est comme pour un enfant gâté. Les premiers responsables du mauvais comportement d’un enfant gâté, ce sont les parents. Pour les joueurs, ce sont les éducateurs, qui ont tout laissé passer parce que ce dernier leur faisait gagner des matchs, et les présidents, qui laissent tout passer parce que le joueur va leur rapporter de l’argent.

Ce n’est pas moi qui ai inventé les bras de fer de Rabiot ou Payet. Ce n’est pas moi qui ai inventé l’interview de Payet où il dit qu’il « sait être con. Que c’est à ses entraineurs de le comprendre et de s’adapter ». Ce n’est pas moi qui ai inventé tous ces joueurs qui nous expliquent qu’à l’étranger, ils ont découvert le travail.

Oui, avec le potentiel énorme et la multitude de profils que possèdent la France, on doit faire mieux. Passer son temps à regretter que telle ou telle génération, qui avait un potentiel énorme, a été gâchée, il y en a marre. Il serait temps que la FFF, la DTN et les clubs se penchent vraiment sur ce problème, avec de vraies personnes compétentes. Mais tant que le copinage sera la base de travail, ce n’est pas près de changer. D’ailleurs, on peut très bien ne rien changer et se contenter de ce qu’on a…

7 Comments

  1. Comment etre performant avec Fournier en DTN et Ripoll en espoir et je ne parle pas des selectionneurs des jeunes.
    J’aimerai créer un club avec ces idées son idéologie et des gens qui pensent foot et à quoi sert le foot auprès des jeunes.

  2. Je suis complètement d accord sur cette analyse qui plus est je le.vois ici au portugal…mais je reste tout un peu sceptique sur le.fait de.penser uniquement en.methode globale. Je m explique ici, au portugal, les.jeunes s.entraînent exclusivement avec la méthode globale ce qui pour moi est.une bonne chose mais il y a ce fameux mais car quand j observe leur technique individuelle je suis déçu car il y a d énormes carences par contre tactiquement et l intelligence du jeu c est phénoménale donc comment ou quoi faire ? Je sais que le Barça pour avoir asssister a un colloque sur leur travail en centre travaille les 2.méthodes sous forme.de.cycle. ils prennent un groupe de 14 ans, par exemple, et.pendant une saison font.un travail quasi exclusif sur.de.l.analytique et puis cette promo l année suivante ne fait que du globale et.cela jusqu a la fin de sa formation….voila a bientôt

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