Gasperini, De Zerbi, Bielsa vs Garcia, Villas Boas, Tuchel

En regardant les matchs de Lyon, de l’OM, de l’Atalanta, de Leeds et de Sassuolo, on comprend beaucoup de choses sur le travail dans nos clubs. Alors, le football, est-ce seulement une question de moyens ?

Il y a ceux qui pensent que le football est un sport collectif dans lequel tous les joueurs doivent interagir. Il y a ceux qui pensent que les résultats sont la conséquence du travail et des idées. Il y a ceux qui pensent qu’on a plus de chances d’obtenir des résultats en jouant au foot, avec une notion de plaisir en plus, et qui veulent être protagonistes.

En face, il y a ceux qui pensent que le résultat n’est pas une conséquence mais le seul objectif, peu importe la manière. Il y a ceux qui pensent que le seul élément important, c’est la solidarité, l’état d’esprit. Il y a ceux qui pensent que pour gagner un match, il faut être organisé, rester en place, solide et attendre un exploit d’un des joueurs offensifs.

Au milieu de tout ça, on parle d’économie. Il y a ceux qui choisissent leurs joueurs sur des potentiels qu’ils observent, qui les font progresser, peu importe le prix qu’ils ont couté. De l’autre côté, il y a ceux qui pensent qu’il faut absolument des centaines de millions d’euros pour avoir une équipe compétitive.

Sur le weekend, on a pu observer une rencontre entre Villas Boas et Garcia. Oui, l’OM a très vite été réduit à dix, et ça fausse un peu le jugement. Sauf qu’avant cette journée, collectivement et dans les idées, Marseille n’avait rien montré non plus. La saison dernière, les partenaires de Payet avaient obtenu des résultats sur un état d’esprit, de l’efficacité, mais pas forcément sur un jeu léché, flamboyant. Tout le monde avait surtout profité du nouveau souffle engendré par le départ de Garcia.

En face, dimanche soir, il y avait Rudy Garcia. Pour lui, le contenu des matchs de l’OL est très bon en ce moment. Lui, c’est le spécialiste de la déclaration hallucinante. Mais il est un spécialiste de l’état d’esprit. Ne proposer aucun contenu mais compter sur des joueurs solidaires et miser sur les exploits individuels de ses offensifs, puis se plaindre du manque de moyens, de ne pas pouvoir recruter les joueurs qu’il veut pour justifier les bouillies collectives.

A cette liste, on pourrait ajouter Thomas Tuchel qui n’a qu’une option de jeu : donner le ballon à Neymar ou Mbappé et on verra.

A l’opposé, on a trois entraineurs qui bossent, et qui obtiennent des résultats avec des moyens mesurés. Gasperini, De Zerbi et Bielsa, c’est l’opposé de la ligue 1. Trois entraîneurs qui ont érigé le mouvement, la coordination et les schémas de jeu comme principe non négociable.

Bizarrement, on eut gagner des matchs en jouant au foot !!!

L’Atalanta a déjà inscrit 13 buts en trois matchs de série A, dont la majorité dans le jeu, après en avoir inscrit 98 la saison dernière. La majorité des joueurs qui composent l’effectif sont présents depuis deux ou trois ans et ont presque tous été achetés pour des sommes inférieures au seul transfert de Toko Ekambi. Mais ils ont un entraineur avec des idées, qui pensent que s’entrainer dur permet de jouer des matchs faciles le week-end. Je n’invente rien, toutes les interviews des joueurs de l’Atalanta le confirment : « on se dit, vivement le weekend, c’est plus facile que la semaine ».

Toujours en série A, on a Roberto De Zerbi. Avec lui, Sassuolo est devenue une équipe joueuse, qui donne envie de regarder ses matchs. Là aussi, les joueurs ne sont pas des stars, mais ils progressent et pratiquent un jeu collectif de très grande qualité.

Et puis, il y a Bielsa. Avec des joueurs qui étaient, pour la plupart, déjà à Leeds avant l’arrivée de l’argentin, il tient tête aux cadors de premier league, mais pas en mettant le bus, en jouant, en les mettant en difficulté. Lui aussi fait progresser ses joueurs. Philipps, le milieu de terrain de Leeds, était un joueur anglais lambda avant l’arrivée de l’argentin. En deux ans, il est devenu un joueur international capable de tenir tête à Fabinho, Henderson, Rodri ou autres De Bruyne.

Villas Boas, Tuchel ne sont pas des entraineurs français. Pourtant, ils ont sombré dans le profil ligue 1, celui qui veut qu’on ne travaille aucune animation offensive mais où on donne les clés aux individualités et advienne que pourra. Avec eux, aucun joueur n’a progressé.

Alors oui, comme j’ai l’habitude de le répéter, Bielsa, Gasperini ou De Zerbi ne gagneront peut-être pas de titre. Mais on s’en moque. Tenir tête à des équipes au budget deux, trois ou cinq fois supérieur, ajouté au fait de donner du plaisir à leurs supporters, aux amoureux du football, être suivi par des gens qui ne savait même pas où était Sassuolo il y a trois ans, n’est-ce pas déjà une victoire ?

Comme le disait Guus Hiddink, sur le banc, j’ai aussi parfois besoin de me poser en spectateur et me dire que mon équipe me donne du plaisir. J’aimerai que Rudy Garcia ait la même démarche une fois, pour qu’il puisse se rendre compte que non seulement son équipe ne gagne pas, mais en plus, qu’est-ce qu’on se fait chier.

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