Une génération pas faite pour le haut niveau

La nouvelle génération a un problème de comportement. Leurs agissements sont-ils compatibles avec le très haut niveau ?

On ne va pas revenir sur l’affaire Aurier en elle-même. Tout ou presque a déjà été dit. En revanche, son comportement pose la question de cette nouvelle génération et de ses comportements déplacés et irrespectueux envers les clubs et leurs partenaires. J’entends par nouvelle génération, celle née à partir de 1987.

Evidemment, il serait bien trop simple d’accuser ces joueurs de tous les maux et de dédouaner tout le reste: les clubs, les formateurs et l’entourage du joueur (famille, agents etc…). Prenons les choses dans l’ordre chronologique d’une carrière.

Le centre de formation

Après quelques années passées dans le club de leur ville, ou celle d’à côté, il y a l’entrée au centre de formation.

Il faut savoir que la cour des clubs est assidue. On gonfle le joueur, on brosse la famille dans le sens du poil, on embellit le tableau, on survend l’avenir et, pour certains clubs, on va même jusqu’à offrir de l’argent à la famille. Imaginez donc l’importance qu’on donne à un gamin de 14 -15 ans.

Dans ce tableau, pour rassurer les parents, les recruteurs leur parlent de l’école qui est très importante, des études qui ne seront pas mises de côté. On leur parle de l’attitude que devra adopter le joueur: respect des éducateurs, des enseignants, des partenaires, du personnel. Enorme mensonge. Les études, les clubs s’en moquent éperdument. Ce qui les intéresse, c’est que le joueur devienne professionnel et lui rapporte de l’argent. Pour cela, on passe également les problèmes de comportement. Enfin, pas pour tout le monde. Si vous êtes un joueur moyen, on ne vous passera rien. Par contre, si vous faites gagner l’équipe, que vous avez le profil de la future « pépite », on vous passera tout.

Quand vous parlez de ces problèmes de comportement aux clubs, ils vous répondent qu’ils n’ont pas à faire l’éducation de l’enfant. Ce serait sûrement vrai si l’enfant rentrait chez lui tous les soirs. Mais ce n’est pas le cas. Prenons un exemple concret: un enfant de la région parisienne est recruté par Toulouse. Il va donc vivre sa vie au centre toute l’année, en ayant une semaine par vacances scolaires pour rentrer chez lui. En gros, sur 10 mois, soit environ 45 semaines, l’enfant sera réellement au contact de ses parents environ 5 semaines.

Pendant les matchs, certains joueurs, ceux qui vous font gagner les matchs, peuvent tout se permettre: répondre à l’éducateur, insulter un partenaire. Ce n’est pas grave, grâce à lui, on gagne. Le joueur est toujours titulaire, quelque soit ses erreurs. Vous comprendrez après pourquoi je précise cela.

On voit bien que les mauvais réflexes se prennent très tôt, bien avant d’être professionnel. On voit bien également qu’il y a une énorme responsabilité des clubs et de leurs éducateurs dans ces mauvaises habitudes.

L’entourage

Les joueurs ont des agents de plus en plus tôt. Evidemment, ceux-ci n’aident pas à la construction positive du joueur. Ils sont obligés de flatter, tel le roi et sa cour, pour ne pas risquer de perdre le joueur.

Ils sont bien aidés en cela par la famille proche, mais également large. Et oui, quand vous vous rapprochez de la signature du premier contrat professionnel, vous avez les parents, les frères et sœurs, mais aussi les cousins qui s’intéressent tout à coup à votre vie. Ce ne sont pas les plus critiques. Vous pouvez avoir été nuls pendant le match, ils viendront vous dire que cous êtes le meilleur, que les autres sont nuls, que le coach ne vous fait pas jouer au bon poste.

Pour des adultes, l’autocritique est déjà très compliquée à faire. Alors, imaginez pour un gamin de 17-18 ans, qui entend tout le monde lui répéter qu’il est le plus beau, le plus fort.

Pour les meilleurs, il y a donc la signature du contrat professionnel.

Les clubs

Le club avait fermé les yeux sur les problèmes parce qu’il sentait que le joueur avait le potentiel professionnel. Le contrat est signé et le joueur joue ses premiers matchs.

Le joueur a bien compris qu’il était une valeur marchande pour le club. Mais il a surtout compris, par lui-même ou par son agent, que le club avait besoin de lui pour équilibrer ses comptes. Il a donc le pouvoir. Il peut demander un très bon salaire dès la première année, on lui donnera pour ne pas le perdre. Il ne joue pas. Il va au bras de fer. Et là, soit il est prolongé et il rejoue. Soit il est transféré. Mais jamais, il ne sera puni.

Les clubs doivent avoir une autre attitude. Ils doivent devenir plus forts que les joueurs.

Le joueur

Le joueur a donc des circonstances atténuantes. Comme il a été habitué à être le petit prodige, le titulaire indiscutable, quand il se retrouve remplaçant, il n’a pas les éléments pour travailler, se battre et reprendre sa place.

Revenons sur le cas Aurier. L’ivoirien vit mal le fait d’être devenu remplaçant. Mais il ne le doit qu’à lui-même. A son manque de culture tactique mais surtout à la multiplication de ses histoires au club et hors foot.

Ce fut la même chose avec Menez. Il avait perdu sa place au profit de Lucas. Au lieu de tout faire pour la reprendre, quand il entrait sur le terrain, il se foutait du monde. Ben Arfa a fait la même chose à Marseille.

Tous les éléments qu’on é évoqués sont les responsables des mauvais comportements de cette génération. Mais pas que. Il y a la responsabilité du jouer.

Et oui, ces derniers sont souvent issus de quartiers. Qu’on le veuille ou non, le football, c’est le sport populaire, le sport de la rue. On leur a fait entrer dans la tête qu’il ne fallait pas qu’ils oublient d’où il venait. Alors, ils en adoptent les codes.

Mais soyons clairs, ces joueurs n’ont, pour la plupart, rien de banlieusard. Quand vous passez 85% de votre année à 700km de votre quartier, vous ne le connaissez pas. Les embrouilles entre cités, vous n’étiez pas là. Les matchs très chauds contre la ville voisine, vous n’étiez pas là. Mais ils pensent que ça fait bien de dire: « moi, je suis un mec de quartier. On ne peut pas me le retirer ». Facile de s’inventer une vie de misère à 135 000€ par mois.

Le truc marrant, c’est que parmi les vrais habitants des quartiers, 90% aimeraient le quitter.

Ensuite, même si on ne vous a pas aidés à comprendre certaines choses, à un certain âge, vous êtes quand même capables de vous dire que ça suffit.

Alors pourquoi ces joueurs n’évoluent jamais ? C’est très simple, ils n’aiment pas le foot. Ils aiment ce qui va autour: la notoriété, l’argent, les femmes. Comme leur entourage profite également de tout cela par procuration, il ne reste qu’une solution pour comprendre tout cela: partir.

Ce n’est pas anodin si ces joueurs ont, pour la plupart, d’autres comportements dans les clubs étrangers. Ce n’est pas anodin s’ils parlent de travail quand ils arrivent à l’étranger, comme s’ils se rendaient compte que pour faire une carrière, il faut travailler. Et ce n’est pas anodin si la plupart ne réussissent pas dans les grands clubs étrangers.

Ces joueurs qui s’inventent également une mentalité de « bonhomme » n’hésitent pas non plus à signer chez le plus offrant malgré une parole donnée. Ils n’hésitent pas non plus à planter les agents qui étaient à leur côté pendant les années de galère, pour aller chez un autre. Alors sont des  « bonhommes » dans les mots, pas dans les actes.

Oui, la France est le plus grand exportateur de joueurs. On a déjà parlé, dans des papiers précédents, des raisons: bon rapport qualité / prix, joueur facile à recruter en terme de salaire. Rappelons aussi que la France est passée devant le Brésil pour deux raisons majeures: le Brésil a eu les moyens, pendant 10 ans de retenir un grand nombre de joueurs en leur offrant des salaires énormes, mais aussi et surtout, le Brésil ne forma plus de joueurs. Au Brésil désormais, on rentre dans un centre de formation en payant. Ce n’est donc plus le football de la rue, mais le sport de la bourgeoisie.

Même si Aurier, Menez et autres Ben Arfa sont responsables de ce qui leur arrive et des carrières différentes de celles espérées au départ, les clubs et l’entourage sont les vrais responsables. Malheureusement, quand le joueur s’en rendra compte, souvent en fin de carrière, il sera trop tard: l’entourage se sera volatilisé, et les regrets viendront hanter les nuits de ces joueurs.

2 Comments

  1. Très bon article.
    Il est vrai que tout ces acteurs (joueurs, parents, éducateurs et clubs) sont responsables de ces échecs de « talents » voir joueurs avec du potentiel.
    Le fond du problème vient des directives de la fédération concernant le parcours et la formation des jeunes.
    Il pourrait y avoir un règlement du type « carte scolaire » où le foot réduit-initiation jusqu’à la pré formation, les joueurs ont obligations de jouer dans le club de leur ville. Le district pourra mettre en place une cellule d’encadrement et de perfectionnement des joueurs repérés dans les rencontres de coupe départemental.
    Ce n’est que mon avis et je pense que cela donnerai un nouvel élan dans l’état d’esprit autour des terrains de football à une condition bien sûr revoir la formation des éducateurs et dirigeant de club.
    J’ai rencontré des difficultés dans un club avec les dirigeants et parents sur la gestion des joueurs car la discipline passait bien après le résultat sportif pour eux. Et puis ça gonflait la tête des joueurs qui se voyaient plus beaux et forts que tous les autres (c’était en U11). Tout le monde voulait affronter les gros clubs de la région alors qu’on rencontrait des difficultés à battre là ville voisine.

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