Griezmann, comme un symbole

Antoine Griezmann vit une saison compliquée. Il est presque en train de devenir un symbole du mauvais choix de carrière.

Antoine Griezmann était un cadre à l’Atletico Madrid, avec un statut sur le terrain mais aussi un salaire en conséquence. Il était libre, occupant une position axiale qui lui allait très bien. Il était important, le jeu offensif de l’Atletico passant beaucoup pour lui. Il était bien parce qu’il aimait le style, il était bien intégré dans le groupe.

Mais il a voulu aller au Barça. Normal. Quand un club comme le FC Barcelone vous appelle, difficile de refuser de par l’histoire, les joueurs qui composent l’équipe, mais aussi par les titres qu’il accumule et donc la possibilité de remporter de grands titres.

Mais voilà, encore une fois, un joueur doit être assez lucide pour comprendre et savoir où il va s’éclater, progresser encore, être utile, et gagner. Et force est de constater que le français semble s’être trompé.

Il savait, en signant, que Messi n’était plus favorable à son arrivée, alors qu’il l’était un an avant. Et quand vous avez l’argentin à dos, vous avez le vestiaire à dos. D’autres joueurs l’ont vécu avant lui et ça aurait dû l’interpeler.

Le système, ensuite, était voué à être un problème. Suarez est intouchable et le Barça évolue 99% du temps en 4-3-3. Griezmann était voué à jouer sur un côté, là où il est clairement moins à l’aise, moins libre, et avec des caractéristiques qui correspondent moins à ce profil. Le style est également un problème.

Le Barça aime la possession, le redoublement de passe, l’utilisation des intervalles, des demi-espaces. Dans la carrière du français, on a bien vu que c’était autrement qu’il était le plus performant, que ce soit avec l’Atletico ou avec l’équipe de France. Dans ces deux cas, les équipes évoluaient plus bas sur le terrain et avaient une transition très rapide pour utiliser les espaces et la profondeur beaucoup plus importants que face aux adversaires du club catalan.

Comme je l’avais déjà expliqué dans de précédents papiers, pour qu’un joueur évolue à son niveau, il y a plein de paramètres à prendre en compte (http://parlonsbienparlonsfoot.fr/carriere-reussie-cest-quoi/).

Quand un joueur fait un choix de club, il doit s’interroger sur plein d’éléments. La mentalité du club me correspond-elle ? Le style de jeu me correspond-il ? L’entraineur me veut-il vraiment ? Le vestiaire est-il favorable à ma venue ? Vais-je devoir évoluer contre nature ? Et même, est-ce une ville qui me correspond ? Évidemment, toutes les réponses ne doivent pas être positives, mais il en faut au moins 70%. Pour le choix de la ville, certains rigoleront devant cette question, mais pour prendre l’exemple de Di Maria, et quand on voit les déclarations de sa femme sur leur vie à Manchester, comment imaginer que le joueur pourrait s’épanouir, s’éclater et donner sa pleine mesure dans ce contexte. Même avec de tels salaires, ils restent des êtres humains.

En vérité, quel est le plus important quand un joueur fait le bilan de sa carrière ? Est-ce que j’ai réussi à aller le plus haut possible de ce que mes qualités me permettaient ? Ai-je limité les erreurs de choix de clubs ? Est-ce que j’ai pris du plaisir dans ce que j’ai fait ? Pour en revenir à Di Maria, et en imaginant que United ait gagné la ligue des champions entre temps, demandez-lui s’il préfère ne pas gagner la C1 et être à Paris ou être resté à Manchester en la gagnant ? Sa réponse pourrait surprendre.

Les titres collectifs ou individuels, ça vient après, pour moi. Là, pour Griezmann, qui avait l’air de rêver de jouer au Barça, c’est en train de tourner au cauchemar.

Pour finir en étant plus concret, j’aime prendre en exemple Matuidi et Ben Arfa. Il y a dix ans, si on nous avait tous demandé : « A la coupe du monde 2018, le joueur offensif côté gauche de l’équipe de France, ce sera Matuidi ou Ben Arfa ? », tous sans exception, nous aurions répondu l’ancien lyonnais.

Mais quand lui a fait des mauvais choix de carrière, qu’il a pensé qu’il n’avait rien à apprendre de ses coachs, qu’il faisait ce qu’il voulait sur le terrain, ne jouant que quand il avait le ballon, l’autre a franchi les étapes tranquillement, respectant les consignes, ne rechignant jamais quel que soit le poste et le rôle que le coach lui donnait. II a progressé, jusqu’à devenir indispensable au PSG, à la Juve et en équipe de France.

Et lors de la coupe du monde 2018, alors que Deschamps n’arrive pas à trouver son équilibre avec un joueur côté gauche, c’est Matuidi qui va jouer ce rôle hybride, un peu offensif gauche quand la France a le ballon, troisième milieu récupérateur en phase défensive. Et c’est lui qui est champion du monde.

Pour revenir à Antoine Griezmann, il a énormément de qualité, c’est un super joueur, avec une intelligence de jeu bien au-dessus de la moyenne. Mais était-il fait pour le Barça, en tout cas, à ce moment de sa carrière, et un an après avoir fait faux-bon au club ? Chacun aura son avis.

Une carrière, ça ne se construit pas sur ce qu’on pense pouvoir faire ou sur un orgueil mal placé. Ca se construit sur le travail, sur faire ce qu’on sait faire, mais aussi sur la réflexion des choix de clubs qui me correspondent. Et sur tout ça, beaucoup de joueurs se sont, apparemment, bien trompés.

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