Henry: Pourquoi ça n’a pas marché ?

Thierry Henry a donc été écarté trois mois après son arrivée. Mais pourquoi l’issue était presque inéluctable ?

A peine arrivé, déjà écarté. Thierry Henry vit son apprentissage en version accélérée. Trois mois après avoir été engagé par l’AS Monaco, le français est écarté pour manque de résultat. Mais il a commis plusieurs erreurs fatales.

Oui, quand vous souhaitez vous lancer dans la carrière d’entraineur, il y a des propositions difficiles à refuser. Celle de Monaco en était une. Parce que c’est le club qui l’a lancé. Parce que c’est un club historique de ligue 1. Parce que, malgré tout, il y a un effectif largement capable de se maintenir.

Mais voilà, sans expérience de numéro 1, reprendre un club en difficulté plutôt qu’en début de saison, est-ce un bon choix ? Mettre vos idées en place avec des joueurs que vous n’avez pas choisi, à un moment de la saison où ils sont dans le dur, c’est très compliqué. De plus, Henry n’a jamais joué le maintien dans les clubs où il a joué durant sa carrière. Et le maintien, c’est un métier, un état d’esprit. C’est bien pour cela qu’il y a des entraineurs spécialistes de ces missions sauvetages… Et qui échouent dans les missions longue durée.

Ensuite, Henry s’est trompé d’attitude et de stratégie. En voulant montrer qu’il produisait du jeu, il s’est enfermé dans une ambition démesurée par rapport à la situation d’urgence du club et les joueurs dont il disposait.

Même si ce n’est pas ma conception du foot, parfois, il est nécessaire de revenir à des choses simples, basiques, pour retrouver de la confiance, une structure cohérente avant d’évoluer vers plus de jeu. Parce qu’encore une fois, construire un jeu défensif est plus simple que construire un jeu d’attaque élaboré. Et la situation du club ne lui donnait pas le temps de se mettre en place.

De plus, Henry a fait une énorme erreur de comportement. Son attitude sur le banc, ses remarques et ses grimaces étaient trop violentes pour ses joueurs.

Henry s’est trompé parce qu’il s’est pris en exemple. Dire d’un joueur à voix haute « lui il vaut 10M€ », ça l’aurait sûrement motivé lui, mais avec les joueurs d’aujourd’hui, ça les braque. Se retourner vers le banc suite à une mauvaise passe avec un visage qui veut dire « mais ce n’est pas possible d’être aussi nul », ou encore cette fausse autorité quand d’un regard, en conférence de presse, il fait comprendre à un jeune joueur « viens ranger ta chaise », tout ça, c’est d’une autre époque. Oui, il doit y avoir de l’éducation, du respect, mais avec des mots et des attitudes de 2019.

Aujourd’hui, Henry ou pas, si les joueurs veulent la tête de l’entraineur, ils l’auront… Et ils l’ont eu.

Dernière erreur, avoir pris Franck Passi en adjoint. Comment peut-on prendre un adjoint qui a toujours (ou presque) fini par prendre la place du no 1 ? Mais surtout, comment prendre un adjoint qui, il y a 18 mois, a refusé d’être adjoint de Bielsa en déclarant que désormais, il serait no 1 ou rien ? On peut supposer que si l’ancien entraineur de l’OM a accepté le poste, c’es plus par nécessité alimentaire que par choix réel, et avec, peut-être, dans un coin de la tête, l’idée de se dire que Titi n’y arriverait pas et qu’il y aurait, à un moment, une ouverture pour lui.

Pour réussir, Thierry Henry doit passer de l’autre côté de la barrière. Il ne doit plus se comparer aux joueurs qu’il entrainera mais les prendre tels qu’ils sont, ça veut dire des joueurs à plus de 200 000€ par mois, transférés à plus de 40M€ mais qui, il y a 10 – 15 ans n’auraient même joué à Dijon. Et oui, c’est comme ça, le football a changé.

Pour réussir, Thierry Henry doit apprendre l’humilité et se dire que son passé de joueur n’existe plus et que les joueurs se foutent de qui il a été. D’ailleurs, comme la plupart n’aiment pas le foot, connaissaient-ils vraiment son passé ? Mais surtout, entraineur est un autre métier. Comme l’a dit Ancelotti dans une interview, « votre passé vous sert le jour où vous arrivez et les trois premières semaines, après les joueurs veulent du contenu, le reste, ce que vous avez gagné avant en tant que joueur, mais même en tant qu’entraîneur, ils s’en foutent ». Tout est dit !!!

Pour réussir, Thierry Henry doit dores et déjà se constituer un staff avec des rôles bien définis et des profils qui correspondent à ce qu’il veut faire. En fait, il doit construire une armée constituée de soldats et non pas d’adjoint prêt à sauter sur sa place à la moindre occasion.

Enfin, pour réussir, Thierry Henry doit analyser les raisons de son échec et les accepter pour ne pas les répéter. S’adapter à une nouvelle génération avec des codes, des principes et un caractère bien différents de ce qu’il a connu en tant que joueur.

La vraie question est: en est-il capable ? Réponse dans les prochaines semaines, mais il a déjà grillé un joker.

Pour terminer, on peut se poser de grosses questions sur le club monégasque. Rappeler Jardim, trois mois après l’avoir viré, c’est juste incohérent. Le club de la Principauté va donc donner deux ans de salaire en moins d’un an à un même entraineur et en lui ayant laissé trois mois de repos. C’est juste extraordinaire… Pour Jardim biensûr. Espérons pour eux que le portugais réussira sa mission, sinon…

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