La France, championne du monde de la formation ?

En plus d’être le premier pays exportateur de joueurs, la France a été le pays le plus représenté dans cette coupe du monde. Mais est-ce seulement justifié par la qualité de la formation ?

D’après le journal Le Monde, qui s’appuie sur une étude du sociologue Darko Dukic, la France est la nation qui avait le plus grand nombre de joueurs nés et formés sur son territoire pendant cette coupe du monde: 52 (https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/07/18/football-la-france-est-aussi-championne-de-la-formation-des-joueurs_5333206_4355770.html). C’est d’ailleurs également la nation qui en a le plus depuis 2002. C’est vrai, les chiffres ne mentent pas, mais on peut leur faire dire ce qu’on veut.

Aujourd’hui, tous ces chiffres vont être utilisés pour nous prouver que la formation française est la meilleure du monde. On y ajoutera, pour appuyer tout cela, le nombre de joueurs évoluant à l’étranger pour nous expliquer que les joueurs formés en France sont les meilleurs. Mais on peut aussi l’interpréter différemment.

Je ne vais pas faire long sur ce premier point car j’en ai déjà beaucoup parlé dans mon livre et dans mes précédents papiers, mais si la France exporte autant, ce n’est pas seulement parce que nos joueurs sont les meilleurs. C’est aussi et surtout que notre ligue 1 est d’un niveau moyen et que pour progresser, il faut partir. C’est aussi parce que nos clubs ne peuvent pas offrir les salaires perçus en Angleterre ou en Espagne à des joueurs moyens. Pour comprendre, il faut savoir que le dernier de premier league touche en droit télé deux fois et demi le montant de ce que touche le PSG. C’est dire.

Nous sommes le premier exportateur parce que les espagnols, les anglais et les allemands sont moins enclins à quitter leur pays. Par exemple, un espagnol peut jouer dans un championnat reconnu, peut-être le meilleur des dix dernières années, et bien y gagner sa vie. Pourquoi partirait-il ?

Nous avons dépassé le Brésil depuis trois ans. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’au Brésil, désormais, les académies sont privées, donc payantes. Alors que le joueur brésilien venait des favelas, il est issu désormais de familles bourgeoises, avec tout ce que ça implique de différents. Dans ce milieu, on ne joue pas au foot dans la rue. Dans ce milieu, on a moins « la dalle ». Les brésiliens sont en train de le regretter et devrait, dans un avenir proche, opter pour un mélange des genres: des joueurs pauvres à qui on offre la formation, et des joueurs plus aisés qui continueront à payer. Ca mériterait une explication plus longue, pour comprendre également comment le Brésil, qui passe pour un pays d’intégration et de tolérance, est en fait un pays où le racisme et la séparation des blancs et des noirs est exacerbé. Bref.

Pourquoi la France est devenue la nation la plus représentée en coupe du monde. Très simplement parce que les bi-nationaux, et il y en a beaucoup, ont opté pour leur pays d’origine. La France peut aujourd’hui se vanter d’avoir permis à ses anciennes colonies d’avoir des bons joueurs. Ca, c’est pour le côté positif.

L’immigration a toujours eu un rôle chez les bleus

En réalité, pourquoi la France a autant de joueurs pouvant opter pour deux pays. Cela vient évidemment de sa politique d’immigration des années 70 – 80. Qui joue au football en France ? Les banlieusards. Pas au sens péjoratif, mais sens littéral, c’est à dire les gens qui habitent en banlieue. Ces banlieues où on a parqué les immigrés quand ils sont arrivés. Et oui, contrairement à d’autres nations, la France a rapidement accepté que les joueurs de foot seraient des noirs, des arabes issus de l’immigration, mais c’est parce qu’elle avait un lien fort avec ces pays. Mekhloufi, Keita, étaient des africains qui avaient fait les beaux jours de Saint-Etienne dans les années 50 – 60. Puis, l’équipe de France a bénéficié de l’immigration polonaise (Kopa), puis italienne et espagnole (Fernandez, Amoros, Platini…). Puis, africaine (Zidane, Vieira, Makélélé, Mendy…). Pour comprendre cette différence, il faut aller voir ce qui s’est fait ailleurs. Les allemands ont mis du temps à intégrer des turques, comme les belges ont mis du temps à intégrer des marocains, des italiens.

Dans les pays d’origine de tous ces jeunes footballeurs français, on n’a pas les moyens de la France pour former. Alors, les fédérations africaines (Algérie, Maroc, Sénégal, Mali…), plutôt que de travailler, ont profité de la loi FIFA pour se servir de ces joueurs. Je rappelle que si cette loi n’avait pas été validée, tous ces chiffres qui font de la France le pays le plus le plus représenté en coupe du monde n’auraient pas existé. Yebda, Belhanda, Sabaly, Khaazri etc… N’auraient pas pu participer à la coupe du monde car ils avaient tous des sélections dans les équipes de France de jeunes.

Que la France forme mieux, grâce aux moyens et infrastructures, que le Mali, le Sénégal, l’Algérie ou le Maroc, est-ce si illogique ? En revanche, que nombre d’entre eux choisissent leur pays d’origine comme sélection, plus qu’en Allemagne par exemple, peut-être que c’est un sujet de réflexion à avoir ?

Encore une fois, je ne minimise rien du tout, j’essaie juste d’expliquer pourquoi on en est là. J’essaie juste d’expliquer que les chiffres, on peut tout leur faire dire. Encore une fois, ce qui se révèle être une force dans le sport, ne l’est pas dans la société. Mais comme seule la victoire compte, je suppose que seules les chiffres comptent. Alors…

1 Comment

  1. La formation française est l’une des meilleures au monde si ce n’est la meilleure, c’est un fait. Sinon pourquoi selon vous les plus grands clubs européens viennent ils recruter chez nous. Sont-ils tous stupides ? Après y a t il des choses à améliorer, oui bien sûr, comme dans tout système de formation, rien est parfait. Et puis vous semblez confondre la formation, et l’évolution de carrière des joueurs. Une bonne formation ne garantit pas la réussite d’un footballeur (le cas Ben Arfa ne vous rappelle rien ?). Vous confondez tout là.

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