La génération enfants gâtés

Adrien Rabiot a donc refusé son statut de réserviste. Au-delà de cette décision, se pose le cas de cette génération du tout et tout de suite.

Qu’Adrien refuse d’être réserviste, à la limite, c’est son droit, son choix et ce n’est pas le premier à tourner le dos à la sélection. Mais derrière sa position, se cache les dérives du football d’aujourd’hui.

Dans son explication du jour, le parisien explique que « le choix du sélectionneur ne répond à aucune logique sportive ». Il ajoute que depuis « toutes ces années, le message était clair et que c’étaient les performances en club qui ouvraient les portes de l’équipe de France ».

Dans cette déclaration, il existe deux problèmes. Le premier est celui de la comparaison. En parlant de logique sportive, Rabiot considère qu’il est meilleur que certains qui ont été appelés. C’est un vrai problème du football d’aujourd’hui: la comparaison.

De tout temps, le footballeur se l’est mesuré, ce n’est pas nouveau. Ce qui l’est plus depuis une dizaine d’années, c’est qu’ils étalent leurs pensées dans les médias. Le parisien est coutumier du fait. Lors de sa précédente renégociation avec le PSG, il avait demandé à voir son salaire aligné sur certains joueurs. Est-ce qu’un jour, les joueurs comprendront que chaque joueur est un cas à part et que les salaires répondent à des logiques sportives mais aussi économiques: le niveau de performance, l’image, les retombées, le potentiel revente, le potentiel starification. Bref.

Le second problème vient quand il dit que c’est en club qu’on gagne sa place en sélection. Soit Rabiot n’a rien compris au monde du football, soit il est très naïf. Combien de joueurs moyens en club ont été appelés parce qu’en sélection ils répondaient présents ? A l’inverse, combien de joueurs très bons en club n’ont jamais été performants en sélection ? Le club, ça sert à se faire voir, pas à gagner sa place. C’est peut-être pour cela que ses derniers matchs en bleu n’ont pas été bons. Il s’est peut-être dit « tant que je suis bon en club, je suis tranquille ». Erreur.

Malgré tout, on pourra alors débattre des possibles discussions qu’il a eues avec le sélectionneur. Si ce dernier lui a fait croire que sa place était assurée, il l’a trahi. Deschamps, et pourtant je pense qu’il l’a fait, aurait du lui dire « attention à tes choix de poste en club. Tu n’as pas le droit de refuser d’évoluer à un poste que tu ne considères pas le tien si ton coach te le demande ». Il aurait pu ajouter, « tu es dans les probables, mais tu vas devoir me montrer que tu mérites d’être dans les certains ».

D’ailleurs, ce choix de ne pas évoluer en 6 dans son club a été utilisé par Deschamps pour justifier la non-sélection. Mais surtout, le sélectionneur a dû être conforté dans son choix. Que ce serait-il passé s’il avait été dans les 23 et qu’il n’avait pas joué ? Comment aurait-il réagi ? De plus, un mec qui baisse les bras aussi vite, et alors que plusieurs réservistes ont été appelés à la dernière minute lors des précédentes compétitions, on ne peut pas aller à la guerre avec lui.

Une génération impatiente

Oui, l’ambition, c’est bien, c’est ce qui permet d’avancer. Mais l’humilité et la remise en question aussi. Et cette génération ne connaît pas ces deux mots. Elle veut tout, tout de suite, et sans rien respecter: ni les clubs qui les emploient, ni la sélection.

Alors que Zidane était annoncé comme un futur grand, il avait été appelé en sélection une fois, avant de disparaître quelques matchs, alors qu’il avait quand même inscrit un doublé. Puis, il avait été rappelé sans qu’aucun statut ne lui soit offert jusqu’à l’Euro 96. Ce fut pareil avec Pires, Vieira, et même Thuram, qui évolua latéral droit plusieurs saisons en sélection, alors qu’il était défenseur central en club, à Monaco puis à Parme.

Rabiot, plus jeune, avait réclamé plus de temps de jeu au PSG. Mais le temps de jeu, ça ne se réclame pas, ça se gagne. Vous connaissez beaucoup d’entraineurs qui se passent d’un joueur exceptionnel ? A part Luis Fernandez avec Ronaldinho, je n’en connais pas.

Cette génération pense que tout lui est dû. Quand j’entends parler Mbappé qui dit qu’il a réalisé en 6 mois plus que trois quarts des joueurs de Monaco et qu’il a marqué l’histoire du club, je crois rêver. Quand je le vois regarder son coach avec mépris quand il lui demande de défendre, d’un air de dire « tu parles à qui ? « , je crois rêver. Quand je vois Aurier faire tout ce qu’il a fait et ne jamais s’excuser, je crois rêver. Mais il y a une raison à tout cela: la génération « bonhomme ».

Aujourd’hui, s’excuser, c’est être faible. Alors, parfois, ils s’excusent (sous la pression du club) maison prenant bien soin d’ajouter qu’ils ne regrettent rien. Normal, les regrets, c’est pour les faibles. Les bonhommes, ça assume. Les bonhommes, ça va au bout des choses. Evra a d’ailleurs fait une vidéo avant la finale de l’Europa league pour dire, lui aussi, qu’il ne regrettait pas son geste. Pathétique.

Rabiot n’avait donc pas d’autres choix que d’aller au bout de sa démarche. Impossible pour lui de dire « j’ai réagi sur un coup de tête ». Il passerait pour un faible. Mais on voit bien le caractère individualiste. Comment peut-il insinuer que les sélectionnés ne méritent pas leur place par rapport à lui ?

Je ne suis pas joueur, mais si je l’avais été avec le parisien, la prochaine fois qu’on se serait croisé, je lui aurais dit « mais toi, tu penses que tu méritais plus que moi ? Tu crois qu’il n’y a que toi qui as travaillé pour en arriver là ? T’es qui toi ? ». Voilà une autre raison, en plus de celles évoquées plus haut, qui font que Deschamps ne le rappellera pas de si tôt.

Encore une fois, on en revient toujours aux mêmes sources des problèmes. L’ultra médiatisation, la mise tout en haut de l’affiche après trois bons matchs, les clubs formateurs qui ont tout laissé passer sous prétexte de potentiel. J’avais déjà expliqué que ce sont comme les enfants gâtés, ce sont les parents les coupables. Pour eux, les clubs formateurs sont grandement coupables. Quand on vous passe tout, le jour où vous tombez sur un coach qui vous ne laisse rien passer, vous ne comprenez pas, vous n’êtes pas prêts. Et ça donne ce genre de réaction.

Rabiot a été formé au PSG, après quelques passages à City et au pôle espoir de Castelmaurou. Mais pour son bien, sa progression, son futur, s’il veut avoir la carrière que son talent peut lui offrir, il doit quitter le PSG. Sinon, il fera comme tant d’autres joueurs avant lui, les Menez, Ben Arfa, Nasri, mais aussi les Ntep, Remy, Martin et autres Martial à qui on avait promis un avenir exceptionnel: une carrière plus ou moins réussie, mais avec tellement de regrets.

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