La possession est enterrée

Les huitièmes de finale ont livré les premiers résultats et avec eux une tendance: la possession modèle espagnole, c’est définitivement terminé.

La France a éliminé l’Argentine 4-3, au terme d’un match fou. Ce qui a marqué dans cette rencontre, c’est le fait que la France ait refusé le ballon. Déjà parce qu’elle est incapable de créer du jeu, mais surtout parce qu’elle avait décidé de laisser venir les argentins pour profiter des espaces dans le dos de la défense grâce à la vitesse de Mbappé. Ca a parfaitement fonctionné le premier quart d’heure, avec, sur chaque accélération du parisien, une défense argentine aux abois. Mais en menant, la France ne va plus jouer.

Heureusement que l’Argentine était sûrement la plus faible sélection de ce pays depuis trente ans, parce que les français auraient pu le payer cher. A force de laisser le ballon, ils se sont exposés à des fautes, des exploits individuels. Si vous laissez à Di Maria, même transparent depuis le début de la coupe du monde, l’occasion de se mettre en positions, il peut se passer quelque chose. Et il s’est passé une frappe pied gauche dans la lucarne de Lloris. Puis, une faute sur le parisien et un nouveau but qui a permis aux argentins de mener 2-1. Mais voilà, il y a des jours où il se passe des choses inexplicables. La reprise de volée de Pavard en est une. Une volée prise légèrement extérieur du pied droit qui tourne parfaitement pour terminer dans la lucarne d’Armani.

Puis, le doublé de Mbappé. Mais même à 4-2, il était écrit que les bleus se feraient peur. La faute à une nonchalance venue envahir les joueurs de Didier Deschamps. Il n’en fallait pas plus pour qu’Agüero réduise le score dans le temps additionnel, et même que les argentins aient le temps de se procurer une dernière énorme occasion. La France est en quart avec un avant-centre nullissime, un Griezmann fantomatique, une charnière Varane – Umtiti en danger parce qu’aucun des deux ne sort jamais sur le porteur de balle. Mais la France a bien été championne du monde avec un avant-centre (Guivarch) à zéro but dans la compétition, alors…

Heureusement, dans cette équipe, il y a Kante. On a l’impression que le joueur de Chelsea sait d’avance où le ballon va être perdu, où il va arriver. Et dire que personne ne voulait de lui il y a encore sept ans, quand il évoluait en PH à Suresnes. Bon, c’est vrai, il est intelligent, bon avec le ballon, pas arrogant… Que des qualités qui n’intéressent pas les clubs français.

La France est en quart, comme en 2014, là où ils étaient tombés face à l’Allemagne. A eux de tout faire pour aller plus loin cette année.

L’adversaire de la France, ce sera donc l’Uruguay. Et ce sera un autre match. Parce que l’Uruguay a ce caractère que n’a plus l’Argentine. Parce que l’Uruguay aime jouer bas et ne pas laisser d’espace. Parce que l’Uruguay a des défenseurs qui ne se prennent pas pour des numéros 10. Mais l’Uruguay n’aura peut-être pas Cavani, et c’est un vrai handicap. Le parisien a toujours la même activité, le même état d’esprit, mais techniquement, il réalise, dans cette coupe du monde, des choses qu’on le voit rarement faire au PSG, comme cette transversale de 60m, de volée, dans les pieds de Suarez, ou cette subtile déviation pour le barcelonais lors du premier match face à l’Egypte. Sa blessure est une vraie chance pour la France parce que non seulement il est efficace dans le dernier geste, mais ses appels de balle, d’un niveau exceptionnel, aurait fait très mal à la défense française. La chatte à DD a l’air d’être toujours au top.

Confirmation de la tendance de cette coupe du monde, l’Uruguay n’aime pas avoir le ballon, préférant défendre en bloc et profiter des courses et de l’activité de ses deux attaquants. En tout cas, tactiquement, ce sera un match très intéressant, sûrement à défaut d’être spectaculaire.

Des croates en souffrance

Dans l’autre partie de tableau, c’était donc Croatie – Danemark et Espagne – Russie. Les espagnols ont été éliminés par une équipe russe vaillante mais qui n’a pas joué. Comme seul le résultat compte, bravo. Mais quelle horreur pour les yeux.

L’Espagne paye son changement de sélectionneur à 48H du début de la coupe du monde. Elle paye aussi le fait d’avoir des joueurs qui jouent trois footballs différents. A l’époque où les partenaires de Ramos accumulaient les titres, il y avait les trois milieux qui jouaient ensemble au Barça, Xavi – Busquets – Iniesta, et qui donnaient le tempo et le style de l’équipe. Désormais, non seulement ce jeu de passe est devenu trop prévisible, mais surtout, les styles de chacun sont trop différents. Koke et Busquets ne joue pas le même football, mais il est également différent de celui pratiqué par David Silva et Isco. Alors l’Espagne est revenu à un style de possession stérile, où chaque joueur ne sait pas quoi faire du ballon. Comme, en plus, il n’y a plus de joueurs de profondeur, ni de joueurs capables de faire la différence individuellement, ça donne ce qu’on a vu. Si on y ajoute la bêtise de Piqué, qui pensait peut-être que, comme avec le Barça, une main dans la surface ne se sifflait pas, rien d’étonnant à ce que l’Espagne n’ait pas su s’imposer contre ces faibles russes.

Enfin, la Croatie a galéré pour se défaire du Danemark, allant jusqu’à la séance de tirs aux buts. Une Croatie impressionnante en phase de poule, comme d’habitude, et inhibé dans les matchs à élimination directe. Les danois ont même été bien meilleurs que les partenaires de Modric en deuxième mi-temps, surtout dans l’utilisation du ballon.

Mais voilà, la Croatie est passée et peut-être que cela va leur redonner de la confiance alors que se profile une opportunité incroyable de revenir en demi)finale de la coupe du monde, vingt ans après la génération Suker, en affrontant la Russie.

En tout cas, à part France – Argentine, parce qu’il a au moins été spectaculaire, cette coupe du monde est d’une tristesse incroyable en terme de qualité de jeu. Comme, en plus, les équipes qui ne jouent pas avance, et avec l’enjeu qui augmente, il faut se faire une raison: cette coupe du monde ne restera pas dans les anales. En tout cas, le football de possession, comme on l’a connu ces dix dernières années, est mort. On a hâte de voir comment, les équipes qui ne vivaient que de cela, vont se renouveler.

Bon, heureusement que les stades sont une vraie réussite, que les pelouses sont excellentes, et que, malgré tout, on aime le football.

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