La superligue banalisera l’exceptionnel

La superligue européenne prend forme et avance à grands pas. La crise sanitaire accélère l’initiative pour récupérer l’argent perdu. Mais cette superligue va banaliser les grands matchs.

La coupe d’Europe, c’est sacré depuis des dizaines d’années. C’était une récompense après une saison en championnat où la régularité permettait d’accéder à une compétition du niveau au-dessus.

Moi, j’ai eu la chance de connaitre la coupe d’Europe en match aller – retour du début à la fin. Il y avait une émotion, une pression qui n’existe plus aujourd’hui de septembre à février. J’ai connu les surprises dès les premiers tours, ce qui n’arrive plus aujourd’hui parce que les grands clubs ont créé une compétition qui leur assure un nombre de matchs et des revenus minimum.

La ligue des champions est arrivée. Ça a excité tout le monde au début puis, désormais, à de rares exceptions, on regarde la phase de poule en attendant avec impatience les huitièmes de finale de février – mars.

Si la superligue arrive, ce sera pire. Ce qui donne le piment de la coupe d’Europe, c’est qu’après avoir affronté Brest, Reims, l’OM ou Saint-Etienne, un club français va rencontrer un Barça, un Réal, un Zénith. Un match qui vous sort de l’adversaire classique de votre pays, qui vous sort de votre routine.

Si on crée une superligue fermée (ou semi-fermée), on va banaliser un PSG – Bayern, un Liverpool – Réal, un Barça – Juve. Ce qui devenait une exception, un évènement, va devenir une routine, un truc qu’on voit tous les ans et plusieurs fois par an.

Un football sans émotion

De plus, il ne faut jamais oublier que le championnat est, dans de nombreux pays, quelque chose de très important. Les anglais considèrent, par exemple, qu’il est plus important de remporter la premier league que la ligue des champions. Parce qu’il y a une régularité importante à avoir pour gagner un championnat mais aussi grâce à la rivalité historique entre clubs.

Quand la Juve remporte la série A devant l’Inter, l’AC Milan ou la Roma, c’est un bonheur pour les supporters grâce au titre, mais aussi parce qu’ils vont pouvoir chambrer les supporters adverses pendant un an. Quand Liverpool remporte la ligue des champions c’est super, c’est exceptionnel, mais demandez aux supporters de Liverpool la différence avec le gain du titre de champion d’Angleterre.

Si la coupe du monde reste le plus grand évènement au monde, malgré l’importance prise par le football de clubs, c’est parce que ce sont les nations, mais aussi et surtout parce qu’elle n’a lieu que tous les quatre ans. Si demain, on décidait de jouer la coupe de monde tous les ans ou tous les deux ans, son importance diminuerait automatiquement.

Alors oui, c’est vrai, on retrouve souvent les mêmes équipes dans les phases à élimination directe de ligue des champions. Mais , par exemple, la Roma qui élimine le Barça en lui infligeant un 4-1 au retour, ce ne sera plus possible, la Roma ne fera pas partie des élus à la super ligue.

Alors je sais, beaucoup me diront un Nantes – Angers ou un Brest – Dijon, ça t’excite. Non, mais c’est le championnat du pays où je vis, avec lequel j’ai grandi. Peut-être aussi qu’on pense comme ça parce qu’en France, la ligue 1 est triste. Mais en Angleterre, les supporters préféreront toujours un United – Liverpool mais aussi un United – Leeds (rivalité ancestrale) ou un Tottenham – Arsenal à un Arsenal – Réal ou un Liverpool – Dortmund, comme en Italie on préférera toujours un Juve – Inter à un Juve -Bayern. Question de culture sûrement.

Que les clubs cherchent à augmenter leurs revenus, pourquoi pas. Mais ce qui a fait la force du football, c’est son côté émotionnel, son côté imprévisible. Si on cloisonne tout, façon sport américain, ce n’est plus notre football. Si on multiplie les matchs entre grosses équipes européennes et qu’elles sont inscrites à vie (ou presque) dans une compétition fermée, que les gros clubs ne se rencontrent plus exceptionnellement, mais que ça devient une routine, on perd tout le charme et la force qui ont fait du football ce qu’il est aujourd’hui : le sport numéro 1.

Je suis sûrement un rêveur, et j’ai bien l’impression que tout est déjà en route. Peut-être que pour les jeunes générations, ce sera quelque chose de normal. Mais quand on a connu autre chose, notamment en terme d’émotions, ça risque d’être dur de se passionner pour ce football façon NBA.

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