L’Ajax donne la leçon

L’Ajax est donc de retour vers le haut du football européen. Tout, sauf un hasard.

Après le match aller face au Réal perdu (1-2), de nombreuses personnes étaient là à nous expliquer que c’est bien beau de jouer au foot, mais l’Ajax a perdu. Après le match retour, c’était « oui, mais le Réal est nul cette année donc arrêtez de vous enflammer avec l’Ajax, on en reparlera après la Juve ». C’est le moment de parler.

Sur les deux confrontations, la Juve a été meilleure une trentaine de minutes sur cent-quatre-vingt, ça fait bien peu. L’Ajax a vécu ces trente minutes en souffrant mais sans réellement concéder d’occasions franches. Puis, doucement, les rouges et blancs ont repris le dessus, sûrs de leurs principes de jeu avec du jeu vers l’avant, un pressing haut, des redoublements de passe et autres combinaison.

A la formation de l’Ajax, on privilégie la technique, mais on multiplie les terrains (futsal, ciment etc…), les dimensions, pour toujours travailler sur des principes immuables: mouvement, libération d’espace et utilisation de ces derniers, échanges rapides. Et contrairement aux idées reçues, que ce soit au Barça et à Amsterdam, l’élément essentiel, c’est le jeu sans ballon. Johann Cruyff, symbole de cette culture répétait inlassablement que le joueur le plus important n’est pas le porteur de balle, mais tous les autres autour qui proposent des solutions.

En France, le joueur technique tel Ben Arfa, joue tout seul et à un moment donne son ballon quand il ne sait plus quoi en faire. A l’Ajax, Zyech, par exemple, profite de sa technique pour éliminer à bon escient mais est dans un esprit collectif. Pour preuve, les deux ou trois situations où, au lieu de percuter, éliminer et tirer, il a préféré rechercher Van De Beek, mieux placer pour terminer l’action.

A l’Ajax, pour éviter que l’éducateur ne vive qu’au travers du résultat, il change de catégorie tous les deux mois.

L’Ajax, pourtant réputé pour sortir de nombreux joueurs depuis des dizaine d’années, n’a pas hésité à se remettre en question sur les méthodes de travail pour se renouveler, contrairement à un certain pays où on est les meilleurs et où on n’a pas à se remettre en question, on est champion du monde.

Aujourd’hui, les gens s’extasient sur De Ligt, le défenseur et capitaine (il n’a que 19 ans). Mais il faut juste savoir que ce joueur, à 14 ans, était déjà au-dessus des autres. Mais au lieu de le laisser végéter dans sa catégorie, les éducateurs l’ont fait monter en U17 et, en plus, l’ont placé au milieu, un poste qu’il ne connaissait pas. Ils ont donc mis le joueur et son équipe en danger de résultat. Mais ils ont surtout permis au joueur de progresser dans l’utilisation du ballon, et de développer des compétences à un autre poste qui pourraient lui servir ensuite. En France, l’éducateur se serait battu pour garder son joueur et se prendre en photo devant le classement des U14 R1.

Lors d’un tournoi U10, il y a eu un match Rennes – Ajax. L’entraineur de Rennes a dit à ses joueurs « les gars, on lâche rien !!! ». L’entraineur de l’Ajax a dit « les gars, on joue vers l’avant. Allez, amusez-vous bien !!! ». Ca se passe de commentaire.

Mardi soir, ce sont tous ces principes, cette philosophie, l’idée de toujours prendre du plaisir et cette identité de jeu qui ont permis à l’Ajax de ne pas sombrer lors de la pression turinoise. N’importe quel club français aurait reculé et attendu quelques contres.

A l’Ajax, les relations entre joueurs sont plus importantes que l’addition d’individualités. Reynald Denoueix répétait souvent que « un joueur à 50M€ + un à 30M€ ne donnaient pas forcément une association meilleure que deux joueurs à 10M€ ». A méditer pour certains clubs !!!!

L’Ajax a montré qu’on pouvait gagner des gros matchs en jouant autrement qu’avec un bloc bas et Mbappé devant. L’Ajax a prouvé qu’on pouvait gagner des duels au milieu avec des joueurs lambda physiquement. L’Ajax a prouvé que même si vous êtes un joueur offensif et technique, vous pouvez (et vous devez) vous mettre au service du collectif et travailler défensivement. En France, nos pseudos talentueux sont exclusivement consacrés au jeu quand l’équipe a le ballon. Pour preuve, cette phrase de l’agent de Ben Arfa dans un reportage « toi, tu ne dois pas défendre, tu es un artiste, toi tu fais la différence »… Effectivement, on a vu, tout au long de sa carrière, ce que ce superbe conseil a donné. On ne le saura jamais, mais j’aurai bien voulu voir Ben Arfa formé par l’Ajax… Bref.

Au PSG, on a Tuchel qui se plaint quand il lui manque des joueurs. A Turin, les néerlandais ont fait sans Tagliafico. Son remplaçant, Mazraoui, s’est blessé après une vingtaine de minutes. Mais les principes sont restés les mêmes. C’est peut-être ça, quand les principes collectifs ne dépendent pas d’un joueur mais sont ancrés pour tout le monde. Paris cherche un milieu défensif et met 47M€ sur Paredes. L’Ajax a Schöne, 10M€, pas forcément un nom mais un joueur essentiel.

Les clubs français balancent l’Europa League. Oui, on a tellement gagné de coupe d’Europe qu’on ne va pas se rabaisser à jouer une coupe d’Europe de merde. L’Ajax la joue à fond et va en finale, il y a deux ans, après avoir éliminé Lyon. Deux ans plus tard, avec le même groupe, ils sont en demi-finale de la ligue des champions. Ils n’auraient quand même pas eu l’indécence de se servir l’Europa League pour apprendre et progresser ?????

Alors peut-être que cette équipe n’ira pas au bout. Mais le bonheur qu’elle a procuré aux amoureux du football, à ceux qui pensent qu’on peut gagner autrement qu’en se faisant chier, à ceux qui pensent qu’on peut savoir défendre sans être un monstre physique, à ceux qui pensent que le collectif sera toujours au-dessus des individualités, pour moi, la ligue des champions 2019, ils l’ont déjà gagné !!!

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