Le temps d’avant

Quand j’étais jeune, j’allais au foot avec mes potes. Pas besoin de téléphone (on n’en avait pas) pour se donner rendez-vous, on habitait près les uns des autres et on était une majorité dans la même école. On se donnait rendez-vous, on prenait notre sac et on allait dans le club de notre ville.

Nous aussi, on rêvait d’être pro, de jouer dans de grands stades, mais pas pour devenir riche, juste parce qu’on aimait le foot. Nos parents ? Ils ne rêvaient pas pour nous. Etre footballeur, ce n’était pas un métier pour eux. L’important, c’était de faire des études, le foot, c’était juste un loisir.

Evidemment, les réseaux sociaux n’existaient pas. Notre fierté ? Être connu des autres joueurs du club, les grands. Parce que oui, on se connaissait tous. Déjà parce qu’on venait tous de la même ville, mais aussi parce qu’à cette époque, il y avait le maratra. Trois équipes (pupilles, minimes, cadets) jouaient toutes contre le même club. On partait donc en déplacement tous ensemble, on regardait les matchs des uns et des autres. On se supportait. Quand on n’était pas au club ? On jouait encore et encore, en bas de l’immeuble, des matchs à 10 contre 10, sans but. Deux bancs suffisaient à notre bonheur.

Aujourd’hui, le gamin veut déjà gagner des millions qu’il n’a pas encore 10 ans. Pour cela, il est prêt à aller jouer à 30 min de chez lui en voiture, dans un club où il ne connait personne mais dans lequel on lui a expliqué que les recruteurs venaient très souvent.

Les parents ? Ils rêvent encore plus que le gamin, pour pouvoir profiter de tout cet argent. Alors ils n’hésitent pas à faire des kilomètres, à changer l’enfant de club tous les ans et même deux fois dans l’année s’il le faut. Peu importe l’humain, les copains, il faut aller dans un club pour jouer en A et qui a des « contacts ».

D’ailleurs, quand un gamin est rétrogradé en B par le coach, la conséquence la moins grave est de signer ailleurs. Mais de plus en plus, on assiste à une autre conséquence: les parents n’hésitent plus à venir agresser physiquement le fameux éducateur, celui qui est en train de briser le rêve de futur millionnaire de la famille.

Aujourd’hui, on voit des gamins faire trois séances par semaine plus la rencontre du week-end. Quand voient-ils leur famille ? Quand font-ils leurs devoirs ? Quand se reposent-ils dans une période où ils sont en pleine croissance ? Quand vont-ils encore au foot par plaisir et non pas comme on va au boulot ?

La FFF dans tout ça ? Elle s’en fout. Ce qui lui importe, c’est d’atteindre coute que coute les 2 millions de licenciés, de prendre de l’oseille sur les licences, les mutations etc… Un gamin de 8 ou 9 ans qui changent de club plusieurs fois par saison. Ce n’est pas grave, ça fera rentrer le prix de deux licences pour un seul jouer, c’est tout bénef.

Alors, il parait qu’il faut vivre avec son temps. Moi, mon temps, c’était quand mon éducateur n’était qu’éducateur, pas agent ou rabatteur. Moi, mon temps, c’est quand je connaissais les autres joueurs du club, que j’allais voir les seniors jouer le dimanche parce que, dans cette équipe, il y avait mon coach, et pas des mercenaires venus prendre 400€ dans un club où ils ne feront que passer. Moi, mon temps, c’est quand je ne pensais qu’à jouer au foot et pas à avoir des abonnés instagram ou des like sur une vidéo facebook. Moi, mon temps, c’est quand mon éducateur essayait de me faire progresser et pas de recruter par wagon pour avoir les meilleurs joueurs de la région. D’ailleurs, à cette époque, on avait le droit d’aligner seulement trois mutations contre six aujourd’hui.

Moi, mon temps, c’est quand je partais en tournoi et que je me moquais bien de qui étaient les autres équipes, connues ou inconnues, gros tournoi ou pas, s’il y avait des recruteurs ou pas. Tout ce qui m’importait, c’était de passer la journée avec mes potes, manger une barquette de frites et deux merguez juste avant le huitième de finale.

Moi, mon temps, c’est quand un de mes coéquipiers signait dans un club pro, j’étais content pour lui, parfois même fier.

Moi, mon temps, c’était un autre temps, alors, désolé, je ne me ferai jamais au nouveau temps.

1 Comment

  1. Le problème de ce nouveau temps auquel tu ne veux pas te faire c’est qu’aujourd’hui pour qu’un de tes joueurs puisse voir jouer son coach il faut pas qu’il aille voir la première le dimanche mais les anciens le dimanche matin a 9h !!!

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