Les limites de Deschamps

La France a perdu. Cette défaite en finale ne montre-t-elle pas les limites de Didier Deschamps, et plus globalement, de cette mentalité propre à notre DTN.

Voilà, c’est fini. Cet Euro s’est achevé avec une première victoire en compétition internationale pour le Portugal. Un Euro décevant en qualité de jeu, au niveau des pelouses mais satisfaisant au niveau des ambiances et de comportement des joueurs en général.

Mais avant de revenir sur le bilan global de la compétition, il faut tirer les enseignements de la défaite des bleus en finale.

A force de répéter qu’une « finale ça ne se joue pas ça se gagne », peut-être qu’il vaudrait mieux essayer de jouer en finale pour gagner.

Certes l’équipe de France s’est créée plus d’occasions que le Portugal ce soir, mais à force de ne pas se lâcher, de ne pas prendre de risques, elle s’est exposée à cette désillusion. Oui, on aurait pu écrire la même chose sur le Portugal, mais le résultat étant le juge de paix de cette mentalité, c’est la France qui a perdu.

J’avais dit, dès le début de l’Euro, que le bilan de Deschamps ne serait positif que s’il remportait la compétition car le jeu n’offrait ni certitude, ni spectacle, ni émotion. Car, pour moi, les fins de matchs face à la Roumanie et l’Albanie, par exemple, ce n’était pas de l’émotion positive mais du soulagement. Le bilan est donc négatif.

Didier Deschamps a changé de système en cours de compétition, passant du 4-3-3 au 4-4-2. Même si second système a fonctionné jusqu’en finale, il n’avait jamais été testé avant. C’était donc plus un coup de poker qu’une vraie évolution.

Un premier tour sans certitude

Les français ont donc battu la Roumanie et l’Albanie en toute fin de rencontre, puis fait match nul contre la Suisse. En huitième de finale ils ont battu l’Irlande, qui avait eu quatre jours de récupération en moins, en deuxième mi-temps, puis fait exploser l’Islande en quart de finale. La seule victoire vraiment significative aura donc été celle face à l’Allemagne. Oui, cette équipe était diminuée par les suspensions et les blessures, mais après tout ce sont les aléas du football et des grandes compétitions. En revanche, cette victoire a été obtenue avec beaucoup plus de difficultés que le score ne le laisse voir.

Après cinq très bonnes minutes, les allemands ont donné une véritable leçon de football aux bleus, et le match bascule sur cette main de Schweinsteiger juste avant la mi-temps. Comme il paraît que seul le résultat compte, et qu’on ne tient pas compte du contenu, alors Deschamps et son équipe ont eu raison ce soir-là. Mais on ne peut donc pas donner raison un soir de victoire en oubliant la production globale, et dire ensuite que la France a été meilleure que le Portugal en finale et qu’elle méritait de l’emporter. Soit on analyse que le résultat, soit le contenu, mais on ne peut pas en faire un sur une rencontre et l’autre sur la suivante.

Le système Deschamps, qui n’est basé que sur l’organisation défensive et l’attente d’un exploit d’un des joueurs offensifs, a donc touché ses limites. C’est un discours façonné par la DTN et qui entraine la chute de la compétitivité des clubs français… Pour rappel, avec le même discours, Deschamps a été champion avec l’OM mais a aussi connu avec ce même club le record de matchs consécutifs sans la moindre victoire (12 rencontres de suite). Ce n’est pas un hasard.

En ce qui concerne le bilan des joueurs, Lloris aura fait un très bon Euro, même s’il peut y avoir question sur le but encaissé en finale.

En défense, Evra est donc un entraineur bis, un relais de Deschamps, un motivateur mais un joueur dépassé techniquement et tactiquement, en tout cas avec la configuration de cette équipe. Sagna aura donc réussi deux centres, et c’est tellement rare que tout le monde l’a souligné. Pour le reste, son Euro aura été insignifiant. Koscielny aura été plutôt bon, même si lui aussi fait des choses parfois incompréhensibles. Rami aura délivré une passe décisive, mais est-ce que c’est ce qu’on attendait de lui ? Défensivement, il aura été dépassé à trop de nombreuses reprises. Enfin, Umtiti a été la bonne surprise depuis le quart de finale. Mais la manière dont il laisse Eder avancer et frapper sans jamais sortir dessus, lors de la finale, aura été une erreur aux conséquences fatales.

Deschamps, un bilan négatif

Au milieu, Kanté aura fait deux bons matchs avant de disparaître à la mi-temps du huitième de finale et d’être une des victimes du changement de système. Matuidi aura eu des hauts et des bas, compensés par son activité mais il n’aura jamais apporté ce qu’il fait au PSG, à savoir être à l’arrivée de certaines actions. Par manque de fraicheur ou par consigne ? On ne le saura sûrement jamais.

Le sujet sensible, c’est Pogba. J’aime ce joueur par la facilité qu’il a à éliminer, la fluidité qu’il a pour son gabarit. Mais se regarde-t-il trop jouer ou veut-il trop prouver ? De même, on entend partout qu’il doit apporter plus. Mais le peut-il vraiment ou les gens rêvent-ils qu’il le peut ? Là est toute la complexité de ces fameux talentueux. D’ailleurs, on ne sait jamais si ce sont eux qui n’en font pas assez ou les gens qui en attendent trop. La technique sans l’intelligence, à savoir quand je dois éliminer, quand je dois jouer en une touche, c’est inutile. A la décharge de Pogba, c’est que la faiblesse des latéraux les oblige lui, et Matuidi, à compenser défensivement, ce qu’ils n’ont pas à faire dans leurs clubs respectifs, surtout Pogba, où il a derrière lui le fameux trio de l’équipe d’Italie.

Sur les côtés, Payet aura fait du Payet. Capable de coup de génie, comme cette frappe à la dernière minute de France – Roumanie, très bon contre les équipes moyennes, il aura disparu lors des gros matchs. Coman, auteur d’un bon début d’Euro méritait peut-être plus de temps de jeu en finale, mais l’avenir est devant lui s’il comprend qu’il doit gérer et qu’on ne peut pas être dans la percussion à chaque prise de balle. Sissoko, fidèle soldat, qu’on aime son style ou pas, a répondu présent à chaque fois que Deschamps a fait appel à lui. Oui, ce joueur ne sera jamais un crack, mais au moins il fait ce qu’il sait faire, et dans le football d’aujourd’hui, c’est déjà énorme.

En attaque, évidemment, le meilleur aura été Griezmann, malgré un premier match raté et une place sur le banc lors du deuxième. Mais ensuite, il aura fait des différences et été décisif, notamment lors du passage en 4-4-2. Il est aussi l’image de l’incompétence de notre formation: formé en Espagne après avoir été rejeté de France, c’est le joueur le plus intelligent de cette équipe. Et Giroud ? Il a marqué contre l’Islande et la Roumanie, et ça reflète son niveau. Thierry Henry avait déclaré qu’Arsenal ne gagnerait jamais rien avec Giroud en pointe. Alors l’équipe de France !!! Ce joueur a une fausse image. Parce qu’il est grand et qu’il brasse du vent, les gens vont dire qu’il se bat, qu’il est utile dos au but, qu’il a un bon jeu de tête. Sauf que quand vous faites une fixation sur lui, vous vous rendez compte qu’il ne gagne que très peu de duels aériens, qu’il ne sait pas garder un ballon, et, qu’en plus, ses déplacements ne sont pas bons. Alors, quand le niveau s’élève, évidemment il disparaît. Dans la plupart des gros matchs, Arsène Wenger, à Arsenal, aligne soit Sanchez soit Walcott en pointe, c’est dire. Gignac aurait pu être le héros de cette finale mais son tir heurta le poteau à la quatre-vingt-douzième minute de la finale. Après, ses entrées ont été généreuses, et je me pose la question si son activité et ses déplacements n’auraient pas été plus utiles à Griezmann devant ? Enfin, Martial aura fait quarante-cinq minutes catastrophiques contre l’Albanie. Son entrée en finale montre également les limites de ce joueur, aujourd’hui en tout cas. A force de jouer sur sa vitesse, il se retrouve à ne faire que percuter lui aussi. D’ailleurs face à l’Albanie et au Portugal, il s’est retrouvé plusieurs à sortir des limites du terrain à force de vouloir faire la différence grâce à sa vitesse. C’est un message poour les joueurs mais surtout pour les fameux supporters twittos: le prix d’un transfert ne fait pas la valeur footballistique d’un joueur, et arrêtez, à chaque but, d’écrire vos stupides « il a fermé la bouche de tout le monde », ou « il a justifié son transfert ». Non seulement, sur le match d’après on peut vous écrire le contraire, mais surtout le niveau d’un joueur se juge sur un enchainement de plusieurs saisons et non pas sur trois bons matchs.

Le bilan est donc négatif, mais comme la France est allée en finale, on va nous ressortir le fameux « on a des supers joueurs ». Deschamps doit revoir sa façon de voir le football car si le seul résultat compte, alors c’est son deuxième échec en compétition internationale… en deux participations, ça fait beaucoup.

 

A suivre: le bilan général de l’Euro 2016

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