Offensif – défensif: Le faux débat

Dans chaque analyse de match, on vient sans cesse nous expliquer que telle équipe est défensive et l’autre offensive. Et si tout cela n’était pas si tranché ? Les analystes confondent-ils les termes ? Explications.

En écoutant les émissions d’après-match lors de cette coupe du monde, j’ai entendu certains « spécialistes » nous expliquer que l’Islande, l’Australie, le Mexique et la Suisse avait, dans l’ensemble, fait le même match défensif. J’en ai même entendu nous expliquer que finalement la France avait fait un super résultat par rapport aux autres autres grosses nations. Je me suis demandé si c’était une blague ?

Il y a donc des gens payés pour parler football qui peuvent mettre sur un pied d’égalité la victoire de la France contre l’Australie, 36èmeau classement FIFA, le nul de l’Espagne contre Portugal de Ronaldo, champion d’Europe en titre, ou la défaite de l’Allemagne contre le Mexique, 15èmenation mondiale. Est-ce bien sérieux ?

A part ça, le plus grave c’est qu’on nous explique donc que ces quatre nations ont fait le même style de match: défensif. Pour les gens, le Mexique a donc été défensif. Dire ça est une aberration.

Les mexicains ont parfaitement alterné entre temps faible où ils ont subi, et temps fort où ils sont allés chercher les allemands dans leur camp. De plus, même dans les temps faibles, à la récupération du ballon, ils n’ont pas jeté le ballon le plus loin possible, à la différence de l’Islande contre l’Argentine. Non, ils ont joué rapidement vers l’avant en terminant les actions à quatre voire cinq joueurs. En revanche, les vingt-cinq dernières minutes, oui, ils n’ont fait que défendre. Mais c’était logique. Les allemands ont tout tenté pour revenir au score et les mexicains commençaient à être fatigués par les nombreuses courses effectuées. Mais pour les spécialistes, jouer, et plutôt bien, pendant une heure, puis défendre 25 minutes en raison du scénario, c’est être défensif. N’importe quoi.

L’Islande a fait un match défensif, oui. La seule action où les islandais ont fini nombreux devant le but, ce fut celle de l’égalisation. A égalité au score, soit ils n’attaquaient qu’à deux, soit ils jetaient le ballon le plus loin possible pour personne. Ca c’est un match défensif. Ca a marché puisqu’ils ont pris un point aux argentins.

De plus en plus, les gens mélangent et confondent beaucoup de choses. Etre offensif, c’est avoir la possession ? Faux. Etre défensif, c’est jouer en contre ? Faux. Le football, c’est un peu plus subtil que ça.

Oui, être défensif, c’est  ce qu’a fait l’Islande. Oui, être offensif, c’est ce qu’a fait l’Allemagne. Mais il y a, entre les deux, de nombreuses nuances. Le Liverpool de Klopp peut-il être taxé de défensif ? Evidemment non. C’est une équipe offensive, qui termine ses actions avec du nombre devant le but. La différence, c’est que l’allemand connaît les forces de ses joueurs et ils s’adaptent. Il met donc en place un bloc médian-bas, pour pouvoir utiliser la vitesse de ses attaquants dans les espaces libérés. Il l’avait déjà fait à Dortmund où sur certains contres, il y avait cinq à six joueurs au bout de l’action. Etre offensif ne se résume pas à avoir la possession comme peuvent le faire l’Allemagne et City par exemple.

En fait, il faut sans cesse coller des étiquettes aux équipes, aux entraineurs. Tous ces spécialistes qui nous expliquent le football ne tiennent pas compte de ses évolutions ni de ses subtilités. Nous sommes, actuellement, à un nouveau virage du jeu. Il y a eu la période football total, le catenaccio, le numéro 10 etc… Aujourd’hui, nous sommes à l’ère de la transition permanente, de l’adaptabilité, de la vitesse mais aussi du management.

Il y aura toujours des équipes avec un style strict et invariable, celles qui n’aiment pas subir comme celles qui aiment laisser le ballon à l’adversaire. Mais désormais, il y a surtout des équipes qui savent faire les deux dans une même rencontre. Soit par obligation, soit par choix.

Par obligation, parce qu’elles sont, à un moment donné, dominé par un adversaire de même niveau. Par choix, parce que c’est cette variété qui va leur apporter des résultats et surprendre l’adversaire. Le point clé, c’est la transition.

Quand vous décidez de subir, c’est le fait de jouer verticalement et le plus vite possible dès la récupération du ballon. Quand vous décidez de prendre la main sur le jeu, c’est, à la perte de balle, la faculté de harceler haut et de ne pas reculer. Si le Réal a remporté les trois dernières ligues des champions, évidemment que c’est parce que cette équipe a Ronaldo, mais c’est aussi et surtout parce qu’elle fut l’équipe pour passer d’une attitude à une autre dans une même rencontre. Comme quand ils furent dominés par le PSG pendant 70 minutes, avant d’inverser la tendance et les faire exploser en un quart d’heure.

On pourra ajouter que cette saison, l’efficacité a été encore plus le point fort des équipes qui ont eu des résultats. Le Réal donc, capable de marquer sur (presque) chaque occasion créée, mais aussi Liverpool. On le voit également depuis le début de la coupe du monde où le Danemark a battu le Pérou en se créant une seule occasion.

Offensif, défensif, ça ne veut rien dire, en tout cas, ce n’est pas si strict. Etre capable de tirer le meilleur de chaque joueur, de varier votre jeu, de vous adapter à votre adversaire et au scénario du match, c’est ça le football d’aujourd’hui. Mais peut-être que, finalement, on en oublie juste l’essentiel: le plaisir et les émotions.

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