On va souffrir

Le football est fait de cycle de jeu. Celui qui s’annonce n’est pas forcément des plus réjouissants.

Depuis toujours, le football a vécu de cycles de jeu. Très souvent, pour ne pas dire tout le temps, ce sont les équipes victorieuses qui étaient copiées. Puis, avec l’avènement de la coupe du monde comme la plus grande compétition de football, suivie par la ligue des champions, on a souvent eu la tendance des cinq années suivantes dans ces deux évènements.

Pour faire court, à chaque évolution du jeu, on a eu son inverse ou presque. Parce que pendant que certains copient, d’autres cherchent des moyens de contrer les systèmes. Par exemple, après le catenaccio, qui répondait au 4-2-4 brésilien, on a eu le football total de l’Ajax.

Dans les années 90 et la puissance du football italien, on eu droit à des équipes bien organisées, solides. Le Milan de Sacchi va faire évoluer cela avec son fameux pressing. Puis, on va arriver doucement vers la possession et le jeu de position.

Après une dizaine d’année de domination de ce style, on voit la tendance opposée revenir en force. Des équipes qui jouent bas et qui se projettent très vite de façon à éviter le pressing adverse immédiat à la perte de balle. C’est le cas des équipes qui sont en demi-finale de cette coupe du monde. C’est également le cas du Réal, vainqueur des trois dernières ligues des champions.

On le voit bien, ce style est loin d’être spectaculaire, il est surtout efficace et tout a l’air organisé, prévu à l’avance. C’est le retour de la « sentinelle » également. Alors qu’on a eu la période où les milieux devant la défense étaient Pirlo, Xabi Alonso, on voit revenir ce fameux joueur qui équilibre. Le changement c’est que ce joueur est quand même moins limité techniquement qu’il y a 20 ans.

L’objectif, aujourd’hui, est en train de redevenir de bien défendre, de refuser le ballon, de façon à attirer l’adversaire pour profiter des espaces libérés dans le dos. D’ailleurs, alors qu’on a connu une ère de déséquilibre de matchs ouverts, on revient à des matchs plus fermés et où les coups de pieds arrêtés reprennent une place énorme. Je n’ai pas les chiffres exacts, mais lors de cette coupe du monde, nombre de matchs se sont débloqués grâce aux coups de pieds arrêtés, et on doit même être au-delà des 50% des buts inscrits sur cette phase de jeu (autour de 20% habituellement).

Déjà que ça devient ennuyeux les matchs où une équipe a le ballon et l’autre attend, mais que se passera-t-il quand les deux équipes refuseront de jouer pour ne pas se découvrir ?

J’espère que tout cela n’est que ponctuel, dû à la fatigue des uns, et au fait que les autres jouent soi-disant avec leurs forces. Mais comme le football vit de cycle, et que le vainqueur de cette coupe du monde sera, quoi qu’il arrive, une équipe d’abord organisée pour défendre et très forte dans la transition, j’ai peu d’espoirs.

Autre évolution, on a l’impression que les entraineurs, ne sont plus des chercheurs ou des tacticiens, mais plus des psychologues. Désormais, ce qui fait la différence, c’est la confiance et la sérénité que vous offrez à vos joueurs, plus que le système ou la tactique mis en place. On le voit même dans les compositions d’équipes où les entraineurs font confiance à un onze qui ne bouge pas sauf blessure ou suspension. Un peu comme si le message était: « c’est vous qui allez jouer. Jouez libéré, vous ne risquez pas votre place ».

Pour terminer, le collectif a repris le dessus. C’est le seul point qui me réjouit en tant qu’éducateur. Messi, Ronaldo, Neymar nous ont montré qu’un joueur ne faisait pas gagner une équipe. Parce qu’on sait désormais comment s’organiser pour le contrer, comment gêner ses partenaires pour qu’ils ne puissent pas le trouver.

En fait, comme je l’ai souvent répété, ce style de joueurs fera toujours gagner des trophées, mais plus tout seul. Il faudra désormais l’intégrer à une organisation et il sera le plus. Il devra donc devenir un joueur collectif et non plus un soliste.

Les joueurs possèdent désormais un gros volume physique. Mais pour la prochaine évolution, ce footballeur devra être capable de comprendre le jeu, en plus de répéter les courses à très haute intensité, notamment sur les postes offensifs.

Finalement, les seuls qui prendront du plaisir seront les vainqueurs et leurs supporters. Parce que dans ce football, seul le résultat compte. Je pense que nous allons vivre quatre à cinq ans d’un football moins plaisant, moins spectaculaire, plus organisé, plus « défensif », jusqu’à ce que, de nouveau, on trouve l’antidote. J’espère juste qu’on le trouvera le plus vite possible.

3 Comments

  1. « Deschamps joue le football des années 90. Il est dépassé. Et il risque d’emmener l’équipe de France avec lui. »

    C’est la dernière phrase de ton post sur l’EDF pendant les qualifs…

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