Pourquoi il ne faut rien attendre du contenu des bleus

Depuis 6 ans qu’il en est le sélectionneur, on ne sait toujours pas ce qu’est le style Deschamps. Mais tout s’explique.

Didier Deschamps termine sa sixième année comme sélectionneur et en est à son troisième grand tournoi international. Pourtant, on ne sait toujours pas ce que veut mettre en place le sélectionneur. Parfois une équipe qui joue sur la vitesse de ses attaquants, d’autres sur un attaquant axial costaud, mais rien de bien défini. Pourquoi les bleus n’arrivent pas à avoir un vrai style, clair, déterminé ?

Parce que Deschamps

La première explication vient du sélectionneur lui-même. L’objectif de Deschamps est la victoire et seulement la victoire quelque soit la manière. Pour cela, l’ancien entraîneur de l’OM ne joue pas sur les complémentarités mais seulement sur le choix individuel des joueurs.

Raynald Denoueix disait que l’association de deux joueurs à 30M€ ne faisait pas forcément mieux que l’association de deux joueurs à 8M. Et oui, les caractéristiques des joueurs se complètent et s’associent, elles ne s’additionnent pas.

La France fait partie des meilleures nations mondiales. Elle affronte donc en majorité des équipes regroupées, venues pour d’abord défendre et laisser le ballon. Et c’est exactement la configuration que n’aiment pas les bleus. Eux sont plus à l’aise contre des adversaires qui viennent jouer. Ca permet à Deschamps de faire ce qu’il aime le plus: avoir une équipe en place qui ne prend pas de risque et qui va essayer de tenir et marquer sur ses quelques occasions.

Affronter des équipes regroupées, ça demande du travail, des idées, une vraie animation offensive. Tout l’inverse de ce que le sélectionneur aime du foot. Alors Deschamps ne fait que s’adapter à son adversaire sans ligne directrice.

Parce que la formation

Pour comprendre pourquoi le contenu des matchs de l’équipe de France ne sera jamais (ou trop rarement) intéressant, il faut revenir à la formation. A ce moment de la construction des joueurs, on ne fait que dans l’individualité. On n’y développe aucune forme d’intelligence de jeu, mais seulement des actions de percussion individuelles. Difficile ensuite de demander à un joueur qui a passé cinq ans à jouer tout seul et à n’avoir aucune réflexion sur le jeu de se transformer d’un coup de baguette magique.

A ce titre, l’interview de Mbappe dans l’équipe est tellement révélatrice. Le parisien y explique que chez les jeunes, ses éducateurs lui demandaient de ne jamais défendre, jamais travailler, mais seulement à ses coéquipiers de « donner le ballon à Kylian qui va faire la différence ». Il explique d’ailleurs pourquoi c’est compliqué pour lui aujourd’hui de travailler à la perte de balle parce que ce n’est pas un réflexe, il ne l’a jamais fait.

Comme il n’y a pas, dans la formation, de développement de l’intelligence de jeu, difficile pour un joueur d’avoir toutes les compétences pour s’adapter à différents systèmes, différentes configurations.

Finalement, on voit ce qu’on a dans notre formation et ce que nous apprend la DTN: une équipe de France en place et qui attend un exploit individuel d’un des trois de devant.

Parce que chacun joue un football différent

Chaque joueur français joue dans un club avec des styles différents. Griezmann est dans le combat et l’attaque rapide à l’Atletico. Mbappé est dans une équipe dominatrice et  de possession avec le PSG. Pogba est dans une équipe de combat avec Mourinho. Varane est dans une équipe hybride qui sait alterner alors qu’à côté de lui, Umtiti est dans une équipe qui défend très haut et donc laisse des espaces dans son dos. Bref, personne ne joue le même football, et comme ils ont été formés avec une seule idée, il ne peut y avoir aucune affinité dans le jeu. On ne joue pas de la même façon à Rennes, à Lyon qu’à l’OM ou au PSG.

Les allemands aussi s’exportent dans des équipes qui jouent chacune différemment. Sauf qu’eux ont été formés avec l’intelligence de jeu et la priorité au collectif. Quand ils se retrouvent en équipe nationale, ils ont donc des liens dus à leur parcours.

Parce qu’aucun n’est un leader

Enfin, quel joueur de l’équipe de France est un leader dans son club. On a là que des soldats, des lieutenants mais pas de capitaine. Et cela, tant au niveau du jeu que du caractère.

A une époque, Deschamps était un leader dans son club, au même titre que Blanc, que Thuram, que Zidane, qu’Henry. En sélection aujourd’hui, on n’a que des joueurs qui se reposent sur un partenaire en club. Normal qu’ils soient alors perdus en sélection. Quand ils cherchent quelqu’un sur qui s’appuyer, le joueur qu’il regarde cherche lui aussi à s’appuyer sur quelqu’un.

La France est une somme d’individualité que rien ne lie en terme de jeu. La seule chose qui les rassemble, c’est le discours du sélectionneur qui veut que seule la victoire compte. Finalement, cette équipe est condamnée à gagner pour exister. Personne n’a oublié le mundial 82 malgré la défaite en demi-finale. Personne n’a oublié les Pays-Bas 74 malgré la défaite en finale. Mais tout le monde aura très vite oublié (si ce n’est déjà fait) que la France est allée en finale de l’Euro 2016.

Alors oui, un titre obtenu sans vibrer, c’est sûrement mieux qu’une demi-finale perdue après un parcours fait d’émotion et de spectacle. Mais a-t-on plus de chances de remporter un titre à pile ou face ou en s’en donnant les moyens ? Se donner les moyens ne veut pas dire jouer l’attaque à outrance mais au moins avoir une idée collective du jeu. Seule la victoire compte ?Alors, réponse dans un peu plus de trois semaines.

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