Pourquoi nos clubs souffrent tant ?

Les clubs français souffrent régulièrement en coupe d’Europe. Ils ramènent souvent cela au manque de moyens, à l’exode des joueurs. Mais n’est-ce pas surtout un problème de mentalité ?

Que ce soit Rennes à Séville, l’OM à Porto ou Nice face à Leverkusen, les équipes françaises engagées en coupe d’Europe cette saison n’ont pas fait que perdre, elles ont aussi été dépassées dans le jeu. Le problème, c’est que ça devient une habitude. Il faut savoir que depuis 2017 et la demi-finale de Monaco en ligue des champions, seuls le PSG et l’OL ont remporté des matchs dans cette compétition. Mais plus que le résultat, ce sont les contenus des matchs qui interpellent.

Je ne vais pas parler de beau jeu, c’est tellement subjectif. Dans certains pays, celui-ci se trouve dans le jeu de passe, d’autres dans le dribble, ou encore dans l’intelligence défensive pour faire déjouer un adversaire. Le problème, en France, c’est qu’il n’y a rien de tout ça.

Quand on voit que Mitdylland, modeste club danois, pose des problèmes à l’Ajax ou à Liverpool, on se pose des questions. Quand on voit Salzbourg être à égalité avec le Bayern à moins de quinze minutes de la fin du match, on s’interroge. Les amoureux du « seul le résultat compte » nous rétorqueront que « Et alors, ils ont tous perdu ». C’est vrai, mais que ce soit les joueurs ou les supporters, sont-ils plus heureux au Danemark et en Autriche d’avoir vu leur équipe exister, y croire, ou à Marseille de n’avoir rien proposé pour le même résultat ?

Finalement, on en revient toujours au même débat : le contenu ou le seul résultat ?

Oui, dans l’absolu, le résultat sera toujours plus important. Mais peut-on avoir des résultats sans jamais rien tenter, sans jamais rien proposer d’autre qu’un soi-disant état d’esprit et une combativité, et encore, quand, au moins, ces deux éléments sont présents ? Combien de fois en ayant un jeu restrictif où le seul plaisir est de bien défendre, bas et en bloc, une équipe s’est imposée ? Combien de fois, quand on ne compte que sur l’état d’esprit, on a des résultats ?

Aujourd’hui, en tant que joueur, vaut-il mieux s’éclater à Sassuolo ou l’Atalanta, en finissant troisième ou septième de série A, ou à L’OM en finissant deuxième de ligue 1 ? Et c’est la même question pour les supporters : Vaut-il mieux supporter Sassuolo ou Lyon ?

Le meilleur exemple restera toujours Bielsa. Comment se fait-il qu’un grand nombre de suiveurs de l’OM parle autant de cette saison où l’OM n’a fini que 4ème alors qu’avec Deschamps ils ont été champions de France, qu’avec Elie Baup ils avaient fini deuxième et pareil avec Villas-Boas ?

Dans nos clubs, il n’y a jamais d’aventures, jamais d’équipes qui progressent de saison en saison. On a juste des clubs qui font au plus pressé, avec un jeu restrictif. Ce n’est pas anodin si, en fin de match, que ce soient les joueurs ou les coachs, en conférence de presse, les discours ont toujours les mêmes rhétoriques : « on doit être solidaire », « on n’a pas mis les ingrédients… », « on s’est fait manger dans les duels ». Aucun ne parle de jeu, des lacunes techniques, du manque d’intelligence à demander les ballons dans les bons intervalles, les bons espaces. Non, chez nous, on se cache derrière l’arbitrage ou l’état d’esprit.

Pour terminer, il faut parler du professionnalisme des joueurs lorsqu’ils sont en France. La liste est tellement longue, qu’on ne va pas tous les faire. Mais le dernier à être allé en Italie, Maxime Lopez, moins d’un mois après son arrivée, nous a déjà expliqué la différence d’intensité dans les séances, d’exigence du coach.  Qu’à Sassuolo, l’entraineur ne dit pas « aujourd’hui, séance d’1H30 », mais qu’une fois sur le terrain, s’il n’a pas la réussite souhaitée, l’entrainement dure aussi longtemps qu’il le veut. Et oui, pour être performant, tant individuellement que collectivement, il ne suffit pas de se pointer au centre d’entrainement, de faire sa séance d’1H15 et de repartir direct à la maison.

Finalement, est-ce si anodin qu’en France, qui se réclame comme le cinquième des grands championnats, il y ait autant de supporters de clubs étrangers ? Est-ce si anodin si les autres championnats sont plus suivis que la ligue 1 ?

Comme j’aime à le dire souvent, c’est quand vous avez un beau voyage de prévu, l’excitation de l’attente, le rêve de ce que vous avez envie d’y vivre, sont souvent plus importants que lorsque vous êtes arrivés à destination. En résumé, le voyage est plus important que la destination. Le problème, c’est qu’avec le football français, on voyage mal, et la destination est souvent un cauchemar.

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