Quand la prise de risque est interdite

Avec l’importance prise par les statistiques, de plus en plus de joueurs ne tentent plus rien, préférant assurer la passe pour ne pas faire baisser le pourcentage de passes réussies. Pourtant, sans prise de risques, le football devient triste et prévisible.

C’est la statistique qu’aime nous montrer tous les médias : le taux de passes réussies. Elle est balancée comme ça, comme une vérité, comme un argument à la qualité du match d’un joueur.

Comme toutes les statistiques, le pourcentage de passes réussies doit être analysés sous différents angles. Dans quelle zone de terrain ont eu lieu ces passes ? Vers l’avant ou vers l’arrière ? Qu’ont-elles créé dans le jeu de l’équipe ?

Il est très facile pour un joueur de réussir 95% de passes si elles sont toutes données à trois mètres ou vers l’arrière, sans aucune prise de risques. Mais cela veut-il dire que le joueur a réalisé une bonne prestation ?

Le football, c’est prise de risque. Celle-ci peut être réelle ou calculée. Quand je dis calculée, ça signifie, pour moi, que l’équipe a mis en place des circuits, des déplacements qui doivent amener à la passe qui fait mal. Cette dernière sera osée, mais calculée. L’exemple du Barça de Xavi et Iniesta est sûrement ce qu’on a vu de mieux dans le domaine. Oui, les deux espagnols prenaient des risques, mais le jeu de l’équipe était basé sur cette initiative grâce à des déplacements coordonnées, une possession du ballon pour faire courir l’adversaire jusqu’au moment opportun pour faire mal.

Aujourd’hui, les joueurs n’osent plus. Ils savent que leur image est dépendante de ces fameuses statistiques. Alors, même quand il y a une ouverture, ils préfèrent jouer à côté d’eux, en arrière, à trois mètres. Mais ça n’apporte rien à l’équipe.

Évidemment que les entraineurs sont aussi coupables de cette évolution. On ne veut plus d’improvisation, de risques. On veut des joueurs robotisés, à qui on a fait répéter « bêtement » des phases de jeu. Ce qui faisait la force d’un Rui Costa, d’un Xavi, d’un Iniesta, d’un Zidane (liste non exhaustive), c’est d’avoir vu des choses que les autres ne voient pas mais surtout de tenter cette fameuse passe.

Les robots plutôt que les créateurs

A force de répéter aux joueurs qu’il ne faut pas perdre le ballon, que dans telle zone c’est trop dangereux, que dans telle situation on peut être contré, les joueurs n’osent plus.

Au PSG, en ce moment, c’est devenu flagrant. Que Paredes ne soit pas le meilleur numéro 6 que le PSG ait eu, c’est évident. Mais c’est un des seuls joueurs, avec Verratti, à tenter ces passes pour casser des lignes, même quand l’intervalle n’est pas très important. Les autres ne prennent aucun risque, multipliant les touches de balle puis jouant vers l’arrière.

Un joueur comme Pastore avait du déchet, mais pour ceux qui se souviennent, quand il était en forme, il créait de nombreuses occasions par ses fameuses passes. Et tant pis s’il ratait, il continuait. Mais aujourd’hui, on lui préfère un Herrera ou un Gueye.

Il n’y a pas qu’au PSG, à Liverpool on préfère un milieu avec Henderson et Millner, qu’à Tottenham on a Sissoko plutôt que Lo Celso, qu’à United on a Mac Tominay. Oui, on préfère les soldats aux créateurs.

Enfin, la prise de risques, même s’il y a échec, met du doute chez votre adversaire. Quand vous tentez une passe risquée, vous l’obligez à être concentré, à sortir sur vous pour vous empêcher de jouer. Non seulement vous le fatiguez donc mentalement et physiquement, mais, de plus, vous l’obligez à des courses défensives qui vont déséquilibrer l’équipe et créer des espaces, des décalages pour votre propre équipe. Ce n’est d’ailleurs pas anodin si les numéros 10 ont presque disparu au détriment de joueurs plus athlétiques que techniques.

La prise de risque est inhérente au football. Malheureusement, dans un football robotisé, avec des joueurs standards et de moins en moins de techniciens, on préfère attendre l’erreur de l’adversaire que d’aller la provoquer. C’est un choix, mais pas sûr que le football y soit réellement gagnant.

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