Quand les statistiques faussent l’analyse

Depuis quelques années, les statistiques sont devenues le baromètre pour juger un joueur : passes décisives, nombre de duels gagnés, passes réussies, le nombre de kilomètres parcourus etc…

Prenons le nombre de passes décisives. A première vue, cette donnée pourrait être intéressante, mais elle est finalement incomplète. En effet, je pense qu’il est plus facile d’avoir un nombre de passes décisives élevé lorsque votre attaque est composée de Cavani et Ibrahimovic que d’autres attaques de ligue 1, de même que lorsque vous jouez dans une équipe qui fait du jeu, qui se crée de nombreuses occasions, que dans une équipe qui défend et joue le contre.

Il existe donc plein de chiffres qui ne reflètent pas réellement de la qualité d’un joueur. Le taux de passes réussies ne peut pas se lire de façon brutale. Ce qui serait intéressant de savoir c’est combien de passes vers l’avant, dans les 30 derniers mètres etc…

La saison dernière, j’ai vu le classement des joueurs ayant réussi le plus de dribbles. Pourquoi pas. Mais où ces dribbles sont-ils effectués ? Combien de dribbles a tenté le joueur ? Dans ce classement, Lucas, le joueur du PSG, était dans le top 3 des joueurs de ligue 1. Mais c’est normal puisqu’il ne fait que ça. Mais combien de ses dribbles sont faits à bon escient ? Combien ont amené de vraies situations à son équipe ?

Mais le football n’est ni le basket ni le football américain, deux sports où les statistiques ont une réelle signification.

En effet, dans le football, il y a plein de choses que ne disent pas les statistiques mais qui sont très importantes : les premières relances qui cassent des lignes, à l’image de ce que sont capables de faire un Lassana Diarra ou un Tiago Motta, les courses des attaquants qui créent des espaces pour les partenaires, les avant-dernières passes, le nombre d’occasions créé…

Le football n’est pas le basket

L’avant-dernière passe de Zidane pour Roberto Carlos lors d’un Manchester United – Réal Madrid en 2003, qui débouchera sur le but de Ronaldo, est significative. Le vrai décalage est fait par Zidane mais c’est Roberto Carlos qui apparaît dans les stats.

Voir la vidéo cliquez –> Triangle Zidane, Roberto Carlos, Ronaldo

Prenons 2 joueurs de l’OM pour exemple. Si on se fie aux statistiques sur la saison 2013-2014, Florian Thauvin a réalisé une meilleure saison qu’André Ayew. Le premier a inscrit 8 buts et fait 3 passes décisives, quand le second a inscrit 6 buts et délivré 2 passes décisives. Pourtant, Ayew a été beaucoup plus important  que Thauvin par son jeu mais aussi par son état d’esprit.

Mais il existe des éléments encore plus ridicules. Le nombre de kilomètres parcourus est sans doute le plus absurde. Un joueur qui joue dans une équipe qui défend bas sur le terrain (le Dortmund de Klopp qui jouait le contre), et qui doit donc faire des courses de 50 à 80m pour attaquer, fera plus de kilomètres qu’un joueur du Barça qui défend très haut dès la perte de balle. De même que lorsqu’on approfondit l’analyse de cette donnée, elle peut signifier que l’équipe n’a fait que courir après le ballon mais également les problèmes tactiques de celle-ci où les joueurs doivent compenser les erreurs de placement des uns et des autres par des courses plus longues.

Les duels, parlons-en. Le football, s’il est bien pratiqué, est un sport d’évitements plus que de duels. On doit se placer dans les intervalles, dans des espaces, se démarquer… donc éviter les duels. S’il y a des duels c’est soit que le déplacement n’est pas bon, soit que la passe ou le contrôle sont manqués. De même dans le travail défensif, même si le duel est important à ces postes, l’interception est aussi intéressante dans l’analyse de la lecture du jeu d’un joueur.

Les gardiens ont également leur statistique : le nombre d’arrêts. C’est vrai que, pour être dans ce classement, il vaut mieux éviter de jouer au PSG, au Barça ou au Bayern. Mais de plus, si l’équipe adverse se créé 10 occasions, que votre gardien fait 7 arrêts, et que vous perdez 3-0, cela signifie-t-il quelque chose de la qualité de votre gardien? Evidement non !!!Ochoa, l’ancien gardien d’ajaccio en est la parfaite illustration, puisqu’il y a 2 ans, contre le PSG au Parc des Princes, il avait effectué plus de 10 arrêts.

La possession de balle, cette nouvelle mode, peut donner un aperçu du style de l’équipe, mais elle ne veut rien d’autre. Pourtant, aujourd’hui à la lecture de cette donnée, les raccourcis sont nombreux : ils ont dominé, ils étaient au dessus avec une possession de balle proche des 65% !!! Et alors. Une équipe peut décider de laisser le ballon à l’adversaire pour le contrer, cela ne signifie pas qu’elle est moins bonne.

Et la liste pourrait s’allonger avec le nombre de tirs, le nombre de corners, le nombre de duels de la tête etc…

 

Finalement, toutes ces données, certes intéressantes mais loin d’être aussi significatives qu’on le pense, ne servent qu’à habiller les diffusions de matchs, et surtout à masquer le manque d’analyse, et parfois même à justifier du niveau d’un joueur en se cachant derrière tout ça.

9 Comments

  1. Bonjour,
    Article intéressant, cependant ce qui est en cause dans l’utilisation des statistiques dont vous parlez est leur exploitation – et bien sûr leur exploitation médiatique – et non pas les stats en eux-mêmes.
    Les stats ne doivent jamais être utilisées de façon comparative entre des joueurs (ce que font les médias et ce que vous dénoncez à juste titre).
    En revanche, elles sont très précieuses de façon longitudinale pour le suivi et l’évolution d’un même joueur.
    Quant à l’approximation sur certains sujets, elle tient au fait que vous ne disposez que de chiffres bruts sans intérêt (nombre de passes décisives par exemple). Les bases de données réelles comptent des données beaucoup plus fines. Par contre, pour les exploiter cela nécessite trois conditions que les médias ne réunissent pas :
    1. Le budget pour acheter les bases et pas seulement quelques chiffes gadgets
    2. Les compétences pour les exploiter intelligemment
    3. Le sens de la nuance, alors que seul le simplisme les intéresse.
    A leur décharge, certains clubs ne sont pas plus malins puisque pour les trois mêmes raisons, ils se contentent de lire les stats dans les journaux. On ne peut être étonner de la pauvreté de leur management.
    J’espère que vous aurez un jour l’occasion de consulter les bases de données réelles, vous verrez qu’elles répondent à toutes vos objections sur le fond, voire à certaines que vous avez omises.

    • Bonjour et merci de venir offrir votre point de vue.
      Vous avez raison c est l exploitation des statistiques qui n est pas bonne mais c est pour ça que l article s appelle pourquoi les statistiques faussent l analyse. Si nous étions absolument contre les statistiques nous aurions appelé l article pourquoi les statistiques ne servent à rien…
      Enfin nous n avons rien oublié c est juste que si on énumère et détaille toutes les données ce n est pas un article mais un livre qu il faut écrire. Nous avons seulement souhaité démontrer sur quelques points pourquoi on peut faire dire ce qu on veut sur le niveau d un joueur avec une statistique sans entrer dans le détail de celle-ci.
      En espérant que vous viendrez échanger avec nous régulièrement des qu un sujet vous interpelle.
      Cordialement

  2. Enoncées telles quelles, ces stats ne valent pas tripette. On pourrait en conclure, comme le fait Daniel Riolo vous citant, que finalement, elles ne servent à rien…
    … Sauf quand on sait les utiliser (je rejoins Trotel dans le commentaire précédent) :

    – Les clubs ont les moyens d’acquérir des outils d’analyses puissants, comme Prozone, qui mettent en perspectives les stats dans un système d’aide à la décision (désolé, c’est en Anlais) : http://www.wired.co.uk/magazine/archive/2014/01/features/the-winning-formula

    – Il existe un domaine d’analyse qui permet de faire jaillir de l’information, des corrélations cachées, à partir d’une suite de chiffres en apparence abscons ou simplistes : Le Datamining.
    Tout est expliqué ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Exploration_de_donn%C3%A9es
    J’ai trouvé un exemple d’utilisation pour le foot (Désolé, c’est toujours en Anglais) : http://www.sascommunity.org/seugi/SEUGI2001/sforza_football.pdf

    • Bonjour, merci de nous donner votre point de vue.
      Au risque de me répéter mais peut-être n’ai-je pas été assez explicite, mais je ne dis pas que les statistiques sont inutiles au contraire. Je dis que ce qu’on nous montre à la télé ou ce qu’en font une majorité de journalistes ou de consultants est inutile. Nous donner le nombre de ballons joués comme ça de façon brutale ne sert a rien du tout.
      En discutant avec de nombreuses personnes regardant les matchs à la télé, j’ai remarqué que beaucoup de personnes ressortaient ces chiffres tels qu’ils les ont entendu. Et même parfois sens servait pour défendre un joueur. Voila pourquoi j’ai voulu expliquer, sans être trop long, que ces chiffres donnés de cette manière ne servent à rien.
      D’ailleurs, en conclusion de l’article, je dis bien que c’est pour habiller les commentaires et non pas pour expliquer des actions ou le comportement d’un joueur.
      Et, effectivement, heureusement que les clubs ont des outils pour analyser autrement ces chiffres.
      Cordialement

  3. L’article est intéressant car il remet en effet en perspective la relative utilité des statistiques.

    La ou je ne suis pas d’accord par contre c’est le parallèle fait avec le football américain et le basket. Le problème est identique, vous opposez le football au basket mais c’est exactement les memes conclusions que l’on peut tirer des statistiques. Vous ne connaissez juste pas le basket pour dire cela. Casser du sucre sur le dos d’un sport ou le jeu collectif est plus important que n’importe quelle statistique je trouve ca facile.

    Mais pour le reste je suis totalement d’accord.

    • Bonjour et merci de participer à nos débats.
      Concernant le basket par exemple j ai juste voulu dire que par exemple quand Pau gasol marque 40 points contre la France la statistique montre d elle-même l influence du joueur sur le resultat du match… C est un exemple parmi tant d autres et c est la seule raison pour laquelle j ai compare le foot au basket…

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.