Une sélection, ça se prépare

Les sélectionneurs n’ont pas le temps de mettre en place des principes de jeu solides. Alors, comment doit-on établir une sélection ?

En plein débat sur les principes de jeu, la qualité de jeu (il faudrait déjà savoir ce que ça veut dire), comment les sélectionneurs doivent-ils composer leur sélection nationale ? Appeler les meilleurs ? Faire une équipe qui correspond aux forces en présence ? Trouver les meilleures associations ?

Tout d’abord, cela dépend du pays que vous entrainez. Evidemment, l’idéal est d’avoir une équipe phare dans votre pays qui s’appuie sur une ossature de joueurs nationaux. Quand l’Italie était performante, elle s’est toujours appuyée sur un noyau de joueurs qui venait soit de la Juve, soit de l’AC Milan, en tout cas d’un club qui dominait le football et avec une ossature italienne. Quand on regarde ailleurs, l’Allemagne s’est souvent appuyée sur le Bayern, les Pays-Bas de Cruyff sur l’Ajax, l’Espagne sur le Barça et le Réal.

Avoir une ossature de clubs, ça permet de gagner du temps dans la construction de l’équipe. Ca permet d’avoir des certitudes dans le jeu, car le sélectionneur peut alors mettre en place une philosophie proche de celle du club, alors qu’il ne dispose que de très peu de temps de rassemblement pour imposer des principes.

Evidemment, il y a des exceptions: France 98 où les joueurs évoluaient dans différentes équipes, mais malgré tout avec un grand nombre qui jouait en Italie avec des principes de jeu qui étaient similaires et dont Aimé Jacquet s’était servi, à savoir, une grosse solidité défensive. L’autre exception, c’est le Brésil, mais c’est surtout dû à la qualité des joueurs et à l’immense réservoir que ce pays possédait.

Quand on regarde le palmarès global des grandes compétitions, on peut donc affirmer qu’avoir un club fort avec des joueurs locaux, c’est un grand plus. Pour autant, ce n’est pas le seul moyen de s’en sortir.

Le problème pour la France est l’Italie, c’est que les clubs forts ont leurs grands joueurs qui sont étrangers. Les sélectionneurs ne peuvent donc pas s’appuyer sur eux. Comme, en plus, il n’y a pas de principes communs, c’est encore pire. D’ailleurs, peut-être qu’un jour, les clubs formateurs comprendront qu’ils travaillent aussi pour la sélection et pas seulement pour remplir leurs caisse.

Quand on compose une sélection, les questions que les sélectionneurs se posent sont les suivantes: Dois-je prendre les meilleurs joueurs à chaque poste ? Tel joueur est-il compatible avec tel autre, ou quelle est la meilleure association ? Quel style de jeu ai-je envie de mettre en place ?

Oui, pour le spectateur lambda, quand un sélectionneur fait sa liste, parfois, on se dit « lui est meilleur que l’autre, mais il n’est pas appelé ». C’est vrai. Mais est-ce que ce joueur peut s’adapter à différents systèmes ? Est-ce qu’il peut être associé au style des autres joueurs sélectionnés ?

Parce qu’aujourd’hui, les équipes doivent être capables de proposer différents systèmes. Dans votre liste, vous devez donc tenir compte des joueurs capables d’évoluer à différents postes et différents systèmes.

On peut ensuite se demander si on doit faire l’équipe autour des trois ou quatre meilleurs joueurs, les mettre au poste où ils sont les meilleurs puis s’adapter autour. Au match aller face à la Suède, Verratti a joué milieu relayeur gauche. Tout le monde lui est tombé dessus parce qu’il n’a pas été bon, et c’est vrai. Mais a-t-il été mis dans de bonnes dispositions en ne jouant pas du bon côté ? D’ailleurs, étant donné que la squadra azzura n’est pas une équipe de possession, on peut même se demander: fallait-il aligner le parisien ? Pour finir sur l’Italie, pourquoi Insigne, très en forme avec Son club de Naples, n’a joué que 15 minutes au match aller et pas du tout au retour ?

Rappelons-nous également les prestations de Griezman, même à l’Euro, lors des premiers matchs, puis lorsque la France est revenue à un 4-2-3-1 (ou 4-4-2) et que le joueur de l’Atlético s’est repositionné dans l’axe. D’ailleurs, la première période du match contre l’Irlande, rencontre où le système a définitivement changé, Matuidi avait évolué côté droit pour permettre à Pogba de jouer à gauche… Et on avait le résultat: ce fut catastrophique.

Enfin, doit-il y avoir des statuts en équipe nationale A ? Pour moi, la sélection, c’est au-dessus de tout. Les joueurs ne devraient avoir aucune revendication ni aucun caprice à faire. Et même si vous avez prouvé, le sélectionneur ne doit pas vous aligner sous prétexte de services rendus ou autres bêtises qu’on peut entendre. Parce que non seulement, et c’est humain, vous vous installez dans un confort, mais également parce l’équipe nationale, c’est la performance, et si vous êtes moins bons, ce n’est pas comme en club où avec l’enchainement des matchs vous pouvez vous reprendre. Là, on n’a pas le temps d’attendre, il faut être bon tout le temps.

Pour élargir le débat, on peut se demander si l’équipe nationale doit gagner à tout prix, ou procurer des émotions ? Ces émotions, sont-elles amenés par le spectacle ou par le résultat ? Si on considère que la sélection représente le pays, doit-on tenir compte de l’image et de la popularité d’un joueur ? Le sélectionneur doit-il tenir compte de ses affinités avec un joueur en dehors de ses performances sportives ?

Enfin, la gestion d’un joueur de caractère fait-elle partie du rôle du sélectionneur ? Parce que ne pas prendre un très bon joueur sous prétexte qu’il est difficile à gérer, c’est un aveu de faiblesse de la part du coach, non ?

La suite ?

Oui penser à quelqu’un d’autre qu’à soi-même est devenu plus qu’un exploit. Mais au même titre que les joueurs qui sont au service de l’équipe nationale, un sélectionneur est au service de son pays et sa fédération. Il doit donc préparer l’équipe à court terme, mais aussi à moyen terme, qu’il reste en poste ou soit remplacé.

Concernant les équipes qui gagnent, c’est très compliqué de préparer la suite. On l’a vu avec la France en 2002, l’Italie d’après 2006, l’Espagne en 2014? L’aventure vécue en commun fait qu’on peut avoir du mal à se séparer de certains joueurs à cause des liens et des sentiments notamment.

Un sélectionneur ne peut pas donc pas seulement penser au prochain match, mais il doit aussi devancer les choses et les renouvellements des joueurs. Pour apporter du sang neuf et ne pas laisser les anciens s’endormir, mais aussi pour préparer leur succession.

Pour cela, il existe plusieurs façons de faire, mais je pense que la meilleure est d’apporter des retouches régulières, Je pense que sur ce modèle-là, l’équipe de France de hand n’est pas loin d’avoir atteint la perfection. Des jeunes sont appelés régulièrement, pas toujours les mêmes d’ailleurs. Ils goûtent au groupe, à l’ambiance et prennent possession du cadre et des règles. Parfois, certains sont intégrés à une première grande compétition sans jouer un seul match mais ils ont pu voir ce que c’était. Lors des rassemblements suivants, ils intègrent l’équipe et pour la compétition suivante, ils sont prêts et opérationnels.

Enfin, les matchs amicaux (ou de préparation, c’est le nouveau terme) doivent vous permettre de voir des choses et donc de devancer les éventuels forfaits ensuite. Et qu’on ne vienne pas me parler d’automatisme. Quand Deschamps aligne, face au Pays de Galles, l’équipe habituelle, c’est n’importe quoi. Par exemple, Giroud et Griezman ont-ils encore besoin de jouer ensemble ? Pourquoi ne pas tenter Tolisso et Rabiot au milieu ?

En cas de blessure de Matuidi et Giroud (ce que je ne leur souhaite pas), quand il sera obligé de lancer l’ancien lyonnais et le parisien, il nous expliquera, en cas de contre-performance, qu’ils n’ont jamais joué ensemble. Ce sera vrai, mais à qui la faute ?

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