Seul le résultat compte, vraiment ?

Klopp a enfin gagné. Mais s’il avait perdu, aurait-il été si différent ? Le résultat change encore une fois la donne.

Encore une fois, c’est tout le problème entre résultat et contenu. Parce que très peu de gens ont cette force d’analyser les choses avec assez de recul entre le résultat et le contenu. Parce qu’avec la médiatisation, les réseaux sociaux, on a l’impression que seul le résultat compte. Mais pour construire, pour progresser, il faut savoir différencier les deux.

Prenons l’exemple de l’Ajax. Les néerlandais ont été qualifiés pour la finale de la C1 de la quinzième minute du match aller à la quatre-vingt-quatorzième du match retour, soit près 170 minutes sur 190. A l’inverse, Tottenham n’a été qualifié que pendant 1 minute, mais la plus importante, la dernière.

Si on analyse le résultat brut, on peut alors tout dire sur l’Ajax: qu’ils n’ont pas su gérer l’événement, qu’ils ont été surestimés et autres bêtises. Mais si on analyse le contenu, oui, l’Ajax aurait mérité de passer mais Tottenham est allé chercher une qualification inespérée. Mais surtout, oui l’Ajax a fait rêver, a donné du plaisir et des émotions à de nombreux supporters mais aussi à des simples suiveurs du foot. Et c’est, à mon avis, le plus important.

C’est la même chose à tous les niveaux. D’ailleurs, il suffit d’entendre les commentaires des joueurs ou des journalistes-consultants en fin de rencontre, en fin de saison, pour s’en rendre compte.

Un joueur dont l’équipe a manqué le titre ou est descendu pour un point, trouvera toujours des choses négatives à dire sur son coach, le staff, ses partenaires, l’état d’esprit. A contrario, s’il gagnent ou se maintiennent, ils minimiseront tout ce qui n’a pas été pour vanter les choses positives. Et c’est pour cela que personne n’avance.

Ancelotti disait que c’est lorsque l’on gagne qu’il faut commencer à retravailler son groupe parce que quand on perd, il est déjà trop tard. Or, tout le monde fait l’inverse, en tout cas dans la victoire. Quand on gagne, on veut garder tout le monde, bercée par l’euphorie et les sentiments positifs.

Quand on arrive à différencier le contenu du résultat, ça permet aussi de maintenir un Jürgen Klopp lors de sa première saison à Liverpool. Derrière les grosses équipes, l’allemand ne se qualifiera « que » pour l’Europa League au terme de sa première saison, avec des résultats décevants, surtout par rapport à l’attente suscitée. Si les dirigeants des reds s’étaient arrêtés aux résultats, ils auraient viré l’allemand. Mais eux se sont dits « non, il y a des choses intéressantes, on va le laisser travailler ». Résultat ? Une finale de C3 puis deux finales de C1 consécutives. Chapeau !!!

Comme l’a si bien expliqué l’allemand dans une interview à France Football en début de saison, le résultat te permet de tenir, mais s’il est là sans contenu, à un moment, quand vous perdrez une rencontre, tout s’écroulera. En revanche, le contenu te permet de te dire, lors d’une spirale négative, que ça va revenir parce que tu sais où tu vas et comment tu y vas.

Je ne parle pas là de football romantique, esthétique ou autres, mais bien de ligne directrice. Certaines équipes réalisent de belles saisons, ou de belles parties de saison en terme de points. Mais si on analyse le contenu, on comprend que leur match tourne souvent du bon côté, que ça ne se joue à rien, et que, sûrement, ça ne tiendra pas. Et ça ne tient pas.

En fait, aujourd’hui, nous ne sommes que dans l’instantanée. Le meilleur exemple, c’est le PSG. Chaque saison, avant février, tout le monde est heureux, content, Paris se balade en championnat et se qualifie pour les huitièmes de finale de la C1. On prolonge alors joueurs, entraineurs, on parle de déclic, de progression. Puis, en février – mars, après les éliminations en ligue des champions, on parle de changer les joueurs, l’entraineur, que le vestiaire ne s’entend pas. Enfin, après le titre de champion remporté, et quand on y ajouté les coupes nationales (sauf cette année), dans l’euphorie des titres, plus personne n’a de recul, on oublie tout, et on repart avec les mêmes joueurs. Voilà résumé la différence entre contenu et résultat.

O pourrait y ajouter United avec Solskjaer. Après avoir éliminé le PSG, les dirigeants mancuniens ont prolongé le norvégien. Mais s’ils avaient regardé les contenus plutôt que les résultats, ils auraient eu la lucidité de se dire que ce n’était pas United et Solskjaer qui avaient éliminé le club de la capitale, mais ce dernier qui s’était éliminé seul. S’ils avaient regardé les contenus de leurs matchs en championnat, ils auraient compris que c’était la libération de certains joueurs de ne plus être avec Mourinho qui avait fait tourner les matchs dans le bon sens plus que le travail de Solskjaer.

Samedi soir, les supporters des Spurs devaient être déçus. S’ils ne tenaient compte que du résultat, ils en voudraient à leurs joueurs, au coach, ou encore au président de ne pas avoir fait de recrutement significatif. S’ils analysent le contenu, ils remercieront les joueurs et le staff pour toutes ces émotions, ce fabuleux parcours et le droit d’avoir rêvé jusqu’au bout… Et ils ont choisi la seconde solution. Dans un pays de football, ça aide sûrement.

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