Avec la vidéo, notre football est mort

C’est officiel, l’arbitrage vidéo arrive en ligue 1 l’an prochain. Voilà comment ils vont tuer notre sport.

Déjà présente dans d’autres pays cette saison, l’arbitrage vidéo fera son apparition en ligue 1 la saison prochaine. Elle sera utilisée dans quatre cas bien précis: les penaltys, la validité du but, le carton rouge et l’identification d’un joueur.

Evacuons tout de suite l’identification du joueur car, par saison, combien de fois les arbitres se trompent-ils de joueurs quand ils donnent un carton ? Une fois toutes les trois saisons. Insignifiant.

La validité du but

Donc, un but sera validé après visionnage. Dans les cas limites, et ils sont nombreux, que feront les joueurs ? Ils fêteront le but ? Evidemment, non. Ils attendront que l’arbitre fasse signe, après validation par la vidéo, que le but est validé. Donc, pendant 15 à 45 secondes, suivant les cas, les joueurs et le public vont attendre qu’on leur donne l’autorisation d’exploser de joie. Autant dire qu’on ne ressentira plus jamais d’émotion quand notre équipe marquera un but.

Mais ce n’est pas tout. En fait, avec cela, on ouvre la porte à ce que les arbitres ne prennent plus de décision et décident d’attendre la vidéo. Un joueur part au but, l’assistant pense qu’il est hors-jeu. Il signale en pensant qu’il peut se tromper ? Non, il va laisser jouer en se disant que s’il y a but, la vidéo gommera son erreur.

Pareil pour l’arbitre central. Dans le doute d’une faute du joueur buteur, il ne prendra plus de décision et attendra la validation du car-régie. Autrement dit, plus personne ne prendra de décision et il n’y aura plus d’émotion, en tout cas plus aussi forte et spontanée qu’aujourd’hui.

Il suffit de revoir le France – Espagne de cette année pour se rendre compte qu’au niveau émotionnel, c’est une catastrophe.

Il faut savoir aussi, concernant les hors-jeux, que le révélateur n’est pas 100% fiable. Parce que quelle partie du corps doit être prise en compte. Parce que pour que le révélateur soit 100% efficace, il faudrait qu’il y ait une caméra tous les 50cm pour être parfaitement aligné avec le dernier défenseur. Mais aussi, puisqu’on parle précision, que l’image soit arrêtée à la fraction de seconde exacte où le ballon quitte le pied du passeur. En fait, c’est impossible.

Les penaltys

Au même titre que pour les buts, désormais les arbitres siffleront et attendront la validation de la vidéo. Comment se dire qu’ils n’en abuseront pas ? Oui, si je suis arbitre, je me dis: je siffle, de toute façon, on réparera mon erreur.

Mais alors qu’on pense régler les doutes, combien de fois, quand on regarde les ralentis, les avis divergent ? Dans trois cas sur cinq, une faute ne fait pas l’unanimité. Il y a ceux qui pensent que cette faute, qui serait sifflée au milieu de terrain, ne mérite pas un penalty quand elle est faite dans la surface. Et ceux qui pensent l’inverse, qu’une faute est une faute.

Dans les cas litigieux, c’est donc un arbitre, devant le ralenti, qui va décider si oui ou non, il y a penalty. Autrement dit, c’est un autre arbitre qui va interpréter avec sa sensibilité, la faute. Donc, rien ne change puisque les arbitres interprètent déjà. Le seul changement, ce sera l’attente entre le coup de sifflet et la validation du penalty ou pas.

Pour reprendre un exemple récent, les arbitres auraient-ils été unanimes pour donner penalty pour l’OM à Montpellier ? S’il y avait déjà la vidéo, et que le penalty avait été validé, les montpelliérains auraient crié au scandale. S’il avait été invalidé, les marseillais auraient crié au scandale. En fait, rien n’aurait changé par rapport à aujourd’hui, si ce n’est la perte de temps.

D’ailleurs, combien de fois on a l’impression qu’un joueur n’est pas touché. Mais quand vous avez joué au foot, vous savez que quand vous êtes en pleine course, le moindre contact peut vous faire basculer. Comment l’arbitre va juger de la véracité du contact ? Ca va être ridicule.

D’ailleurs, le penalty est un cas marrant parce qu’il englobe deux éléments: la validation d’un penalty et la validation du but. J’aimerai bien voir combien de penaltys stoppés par les gardiens parce qu’ils avancent trop tôt de leur ligne seront à retirer ? Parce que si l’arbitre vidéo respecte la loi à la lettre, 98% des penaltys arrêtés devraient être à retirer.

Le carton rouge

Si cela concerne le dernier défenseur, inutile de la vidéo. S’il s’agit d’un second carton jaune, pas besoin de la vidéo. Si le joueur prend un deuxième jaune parce qu’il a multiplié les fautes, pas besoin de vidéo.

Alors finalement, quand ? Lorsque c’est un carton rouge direct pour un geste violent sûrement.

Mais encore une fois, dans ce cas, pas besoin de la vidéo. Un geste violent, même s’il ne blesse pas, mérite un carton rouge, donc pas besoin de savoir si le joueur est vraiment touché ou pas.

En fait, la vidéo, c’est une interprétation de l’image. D’ailleurs, suivant l’angle de la caméra, vous ne voyez pas la même faute. Il y a même déjà des histoires de tricherie, en fonction de ce que le réalisateur envoie à l’arbitre dans le car-régie comme image.

Le temps de la validation va tuer toutes les émotions d’un match. Les discussions seront toujours les mêmes, suivant le côté où vous serez. Enfin, si le but est valide mais que le joueur qui a touché le ballon juste avant le buteur a commis une faute, on revient à la faute ou on s’arrête au seul but ?

Enfin, il faut savoir qu’en Italie et en Allemagne, l’utilisation de la vidéo est très loin de faire l’unanimité. Les erreurs, les interprétations, mais aussi le fractionnement du match énervent et les supporters, mais surtout les joueurs, ceux qui devaient y trouver leur compte puisque ça leur rendait, paraît-il, justice.

Pour résumer, les pays qui l’utilisent déjà n’en sont pas satisfaits. Dans 90% des cas, même avec l’image, ce sera de l’interprétation. D’ailleurs, ça n’empêchera pas la tricherie puisqu’un arbitre devant la vidéo pourra dire » pour moi, il n’y a pas penalty » avec la même mauvaise foi que s’il était sur le terrain. Les arbitres vont encore moins prendre leur responsabilité puisqu’ils savent qu’ils seront sauvés par la vidéo. Enfin, on va nous enlever les émotions instantanées. Imaginez le but en or de Trezeguet, en finale de l’Euro 2000, mais avec l’attente de la validation. Jamais l’équipe de France n’aurait pu laisser exploser sa joie, courir partout, les remplaçants entrer sur le terrain. Bref, la France aurait gagné mais avec une émotion divisée par 1000.

L’arbitrage vidéo, la coupe du monde à 48, le mondiale des clubs à 32… Bref, notre football prend la mauvaise route. Jusqu’à quand ? Si ça continue comme ça, dans quelques années, le e-sport risque de détrôner le football.

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